ℹ️ À propos de cette page – Cette page rassemble tout ce que l’on sait de l’ancien lavoir de Merlieux, devenu le square Gérard-Philipe : les bulletins Notre Tribune, le livre de Roland Durand Merlieux – Notre Commune (1980), les fiches patrimoine de la commune et plusieurs sources publiées. Les références sont regroupées en fin de page.
Patrimoine · 1862-1978
Entre l’église et le C.P.I.E., au bord de la rue des Victimes de Comportet, un petit bâtiment blanc à quatre arcades ouvre sur un jardin : c’est l’ancien lavoir de Merlieux, offert à la commune en 1862 par la châtelaine. Les lavandières du village y ont battu le linge jusqu’en 1927 ; abandonné, envahi par la végétation, il a été sauvé par les habitants dans les années 1970 et inauguré le 25 juin 1978 sous le nom de square Gérard-Philipe.
1862
La châtelaine donne le lavoir à la commune
1927
L’eau courante arrive : fin des lessives au lavoir
25 juin 1978
Inauguration du square Gérard-Philipe
Au sommaire
Où se trouve le square ?
Le square se trouve au cœur du village, sur la gauche entre l’église et le C.P.I.E., comme le précisent les fiches patrimoine de la commune, le long de la rue principale, la rue des Victimes de Comportet. Le lavoir était autrefois voisin du château Matton, un manoir disparu en 1917-1918 qui, selon le n°1 de Notre Tribune, « était situé près du lavoir ». Une ancienne habitante, Germaine Leroux, se souvient d’avoir vécu enfant « face au parc Matton », tout près du lavoir.
Non loin, dans le mur de soutien de la cour de la mairie, on peut encore voir l’ancienne fontaine communale de 1861, où les habitants venaient chercher l’eau potable jusqu’en 1927 (voir le n°4 bis).
1862 : un lavoir offert par la châtelaine
Toutes les sources s’accordent sur la date : le lavoir a été donné à la commune en 1862. La légende d’une photographie du livre de Roland Durand le dit simplement : « Ancien lavoir de Merlieux – Don de Madame Lecarlier en 1862 ». Les fiches patrimoine parlent de « la châtelaine Madame Lecarlier », le n°1 de Notre Tribune de « M. Lecarlier qui fit don du lavoir à la commune », et Roland Durand, dans son discours d’inauguration, des « propriétaires du château ».
Le nom s’écrit en réalité Le Carlier. En 1862, le château de Merlieux appartenait à Amélie-Thérèse de Bure, veuve de Marie-Charles-Henri-Philbert Le Carlier d’Ardon (1778-1860), ancien maire de Laon et député de l’Aisne, mort deux ans plus tôt. C’est très probablement elle, « la châtelaine Madame Le Carlier », qui fit ce don ; elle mourut à Merlieux en 1874 (voir Les Vendangeoirs du Laonnois). La famille Le Carlier resta attachée au village : avec Mme Bailly, puis la comtesse d’Aramon, elle formait le jury qui couronnait chaque année la rosière de Merlieux (n°4 bis).
Les sources ne disent pas si la commune a reçu une aide de l’État, mais ce don se place à une époque où l’on construit beaucoup de lavoirs. Après les épidémies de choléra de 1832 et 1849, les pouvoirs publics veulent améliorer l’hygiène : une loi du 3 février 1851 accorde aux communes une subvention couvrant jusqu’à 30 % du coût de construction des lavoirs publics. Des années 1860 au début des années 1930, la France se couvre de lavoirs et de fontaines. À Merlieux, la commune s’équipe à la même époque : fontaine communale en 1861, lavoir en 1862.
Les sources ne disent pas si le lavoir existait déjà avant le don, comme dépendance du château, ou s’il fut construit pour l’occasion. Elles parlent d’« un des anciens lavoirs de Merlieux » : le village en comptait donc plusieurs.
Le bâtiment
Les photographies montrent un bâtiment couvert, ouvert sur la façade par quatre arcades en plein cintre séparées par des piliers enduits de blanc, sous un toit à deux pentes dont le pignon forme un fronton. Devant les arcades s’étend le bassin où l’on rinçait le linge. Vers 1976, le toit est en partie effondré et l’ensemble disparaît sous les arbres et le lierre ; selon Roland Durand, il fallut un « artiste maçon », M. Robin, pour « sauver in extremis la maçonnerie qui menaçait de s’écrouler ».



La vie au lavoir, jusqu’en 1927
Pendant plus de soixante ans, le lavoir est le lieu où les femmes de Merlieux viennent chaque semaine faire leur lessive. Il « a accueilli jusqu’en 1927 les lavandières de Merlieux », rappelle Roland Durand ; cette année-là, le captage de la source de la Saleuse amène l’eau dans des bornes-fontaines installées dans chaque quartier, et l’électricité arrive au village. Le lavoir perd alors sa raison d’être.
C’était aussi le grand lieu de rencontre du village. Dans son livre, Roland Durand le décrit à Germaine Leroux, née en 1904 et qui habitait tout près : « c’est là que se retrouvaient chaque semaine les femmes de Merlieux venues y faire leur lessive […] c’était donc le lieu choisi où prenaient naissance les histoires les plus diverses, c’est là que se faisaient ou se défaisaient les mariages, c’était donc un peu le siège du gouvernement communal ». Germaine Leroux répond simplement : « nous étions plus unis que maintenant et l’amitié était une réalité ».
« C’est là que prenaient naissance des petits potins locaux, les mariages en perspective ; c’est là que s’échangeaient les propos les plus divers, quelquefois amicaux, quelquefois acides. Mais au milieu du calme d’une nature non encore domestiquée, il faisait bon vivre. »
Roland Durand, discours d’inauguration du square, 25 juin 1978 (Merlieux – Notre Commune)
Le lavoir dans la guerre de 1914-1918
Pendant l’occupation, le village vit au rythme de l’armée allemande : la Kommandantur est au château, et le château Matton, voisin du lavoir, devient un casino pour les officiers. Au début de 1917, à l’approche de l’offensive du Chemin des Dames, les obus tombent sur Anizy et « les soldats tués étaient chaque jour ramenés derrière le lavoir de Merlieux, où un cimetière avait été ouvert ; les hommes furent réquisitionnés pour creuser les fosses », raconte le n°2 de Notre Tribune. L’église est alors transformée en ambulance. Le 16 avril 1917, les habitants sont évacués, et le château Matton est détruit dans les combats qui suivent.
De l’abandon au projet de square (1927-1977)
Inutile après 1927, le lavoir est peu à peu gagné par la végétation. Au milieu des années 1970, il est en ruine : la photographie publiée dans le n°2 montre un toit effondré et des arcades à demi cachées par les arbres.
- Vers 1974 – Dans le n°1, le Conseil municipal inscrit parmi ses projets la « remise en état du lavoir dans le cadre d’un circuit touristique », ainsi que la création d’une réserve d’eau près de l’ancien lavoir pour la lutte contre l’incendie.
- Vers 1976 – Le n°2 annonce que « l’aménagement du square de l’ancien lavoir sera probablement terminé pour la fin de l’année ».
- 1977 – Le n°3 détaille le projet : « De l’ombrage, des bancs, des massifs de fleurs, une fontaine, des poissons – est-ce que cela n’est pas agréable à regarder et à vivre ? ». Le financement réunit une subvention de 200 000 anciens francs de l’Office du tourisme de l’Aisne, propriétaire du château, et 1 200 000 anciens francs de l’Établissement public régional, obtenus à la suite d’un concours auquel la commune avait participé : « seules deux communes de l’Aisne ont gagné à ce concours ». La condition posée par la Région : une participation effective de la population pour terminer les travaux. Un transformateur électrique est aussi installé au square pour desservir le château. L’aménagement du square figure dans le programme des conseillers sortants aux élections de mars 1977.
- Mai 1977 – mai 1978 – Le nouveau Conseil, réuni le 1er mai 1977, décide de poursuivre « l’aménagement du square ». Les habitants y travaillent pendant de longs mois. Les 27 et 28 mai 1978, la kermesse organisée par la commission des fêtes s’étend déjà « du Foyer au Lavoir », avec jeux anciens et expositions des talents du village (n°4).
Dans son discours d’inauguration, Roland Durand remercie ceux qui ont aidé la commune : l’Établissement régional d’Amiens, qui l’a subventionnée, l’Office du tourisme de l’Aisne, Michel Pilatosski (nom peu lisible sur le document), qui a fourni « certains matériaux qui nous étaient indispensables », et le maçon Robin. Il insiste surtout sur un point : « l’enthousiasme et la participation de la municipalité et de la population » ont donné à ce « travail d’équipe » sa vraie valeur.
L’inauguration du 25 juin 1978
Annoncée dans le bulletin « lorsque la température le permettra », l’inauguration a lieu le dimanche 25 juin 1978. Dès 10 h 30, la population se rassemble d’abord devant la stèle portant les noms des morts de la commune, pour « une pensée, quelques fleurs, car l’oubli ne peut pas se concevoir ». Puis le square est inauguré par le député Roland Renard, élu de la 4e circonscription de l’Aisne de 1973 à 1986, et le conseiller général André Godard. La cérémonie se poursuit par la remise de la médaille des collectivités locales à l’adjoint Michel Hocquet (25 années de mandat) et à la secrétaire de mairie Lucienne Vidoni (26 années de service), et la journée se termine « fort tard dans la soirée » par un repas pris en commun dans la salle du Foyer.
Le bulletin n°4 conclut : « Résultat d’un travail d’équipe qui s’est poursuivi pendant de nombreux mois, il sera le lieu de repos ou de rencontre des habitants de notre commune, à la recherche d’un site accueillant où l’on peut oublier pendant quelques instants les contraintes d’une vie trop éloignée de la nature. »
Le discours de Roland Durand
Le livre Merlieux – Notre Commune reproduit le discours du maire. La cérémonie, dit-il, « n’aura pas une résonance historique » et se situe « à l’échelle modeste de l’importance de notre collectivité ». Il y défend la petite commune face aux « contraintes administratives inutiles » : « une commune qui plonge ses racines jusqu’à l’an 680 a un passé trop lointain et une histoire trop riche pour perdre son indépendance ». Puis il explique le sens du square :
« Nous avons aussi pensé que la vie trépidante, sur la route, dans les usines, dans les bureaux, devait avoir pour contrepartie l’existence de zones de calme, où les nerfs crispés par des impératifs contraignants pouvaient retrouver un indispensable équilibre. L’aménagement de ce square répond à ces préoccupations. […] C’est cette ambiance reposante que nous avons voulu recréer, et nous pensons y avoir réussi. »
Roland Durand, 25 juin 1978
Il termine en souhaitant que cette « partie sentimentale, qui est un bien collectif », permette à chacun de se sentir « concerné pour la bonne conservation de ce travail d’équipe ».
Les autres lavoirs de la commune
Le lavoir du square n’était pas le seul de Merlieux-et-Fouquerolles.
- Le lavoir de Valavergny, petit bâtiment de pierre à charpente apparente et toit à deux pentes. La légende d’un dessin de Louis Pouyer, dans le livre de Roland Durand, le dit « construit en 1150 », en partie démoli pendant la Grande Guerre puis reconstruit – une date très ancienne que rien ne vient confirmer. Dès les premiers jours de l’occupation, en 1914, un détachement de uhlans y abreuve ses chevaux avant de tuer une génisse d’un coup de fusil pour la faire cuire (n°2).
- Un lavoir à Fouquerolles : à l’emplacement de l’ancien château et du prieuré, le n°1 signale qu’il « subsiste également un lavoir en bordure de la propriété Leroux ».
- Des vestiges entre Montarcène et Merlieux, photographiés par le site Les lavoirs de l’Aisne, qui pense y reconnaître un ancien lavoir, « mais ici tout n’est que suppositions ».


🔎 À lire aussi sur le site
- Notre Tribune n°4 (1978) : le compte rendu de l’inauguration du square.
- Notre Tribune n°2 (~1976) : la photographie du lavoir avant sa restauration.
- Notre Tribune n°4 bis (~1979) : le dessin du square et la fontaine communale de 1861.
- Les Vendangeoirs du Laonnois : la famille Le Carlier et le château.
- Merlieux – Notre Commune (R. Durand, 1980) : les souvenirs des anciens et le discours d’inauguration.
- Merlieux vu du ciel : le centre du village sur les photos aériennes de 1938 à 2018.
- Les noms du village : la famille Le Carlier, les lavandières et les bénévoles cités dans la rubrique.
Sources
- Notre Tribune, bulletin de Merlieux : n°1 (vers 1974 : château Matton, lavoir de Fouquerolles, projet de remise en état), n°2 (vers 1976 : photographie, cimetière de 1917, uhlans à Valavergny), n°3 (1977 : projet et financement), n°4 (1978 : kermesse et inauguration), n°4 bis (vers 1979 : dessin du square).
- R. Durand, Merlieux – Notre Commune, Foyer populaire rural de Merlieux, 1980 : discours d’inauguration du square, entretien avec Germaine Leroux, photographies et dessin du lavoir de Valavergny – livre numérisé (PDF).
- A. Hagard et J.-L. Girard, fiches patrimoine des monuments de Merlieux (emplacement du square, don de 1862, fontaine communale).
- M. de Sars, Les Vendangeoirs du Laonnois (la famille Le Carlier et Amélie-Thérèse de Bure).
- Les lavoirs de l’Aisne – Merlieux-et-Fouquerolles (square Gérard-Philipe, vestiges entre Montarcène et Merlieux).
- Parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse, livret « Les lavoirs » (loi du 3 février 1851 et histoire des lavoirs en France).
- Wikipédia : Roland Renard.
Vos souvenirs
Vous avez participé à l’aménagement du square dans les années 1970, assisté à son inauguration, ou vous savez pourquoi il porte le nom de Gérard Philipe ? Vous gardez une photo du lavoir d’autrefois ou un souvenir de lessive racontée par vos grands-parents ? Partagez-le ici : vos commentaires aident à compléter l’histoire du village.

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