ℹ️ À propos de cette page – Le texte ci-dessous est une retranscription résumée du bulletin communal original « Notre Tribune » n°4 bis. Le document original, numérisé, est consultable et téléchargeable en fin d’article.
Bulletin communal · Numéro 4 bis · vers 1979
Suite du numéro 4, ce numéro est presque entièrement consacré à la mémoire du village : un habitant dans la guerre de 1914-1918, les croyances et coutumes d’autrefois, l’évolution de la population depuis 1800, et surtout une série de dessins à la plume qui font revivre les métiers, les machines et les lieux disparus de Merlieux.
Merlieux en quelques dates
1840
Louis-Philippe autorise l’achat de la maison d’école
1861
Date gravée sur la fontaine communale
1917
Le village évacué, école, château et ateliers détruits
1927
Des bornes-fontaines dans chaque quartier
Au sommaire

Un habitant de Merlieux dans la grande tourmente de 1914-1918
Août 1914, mobilisation générale : Charles Léon Dumay rejoint le 25e bataillon de chasseurs à pied. Il combat sur la Marne, à Verdun, dans la Somme, au Chemin des Dames et dans les Vosges, et sera blessé trois fois. Son frère aîné, Paul Dumay, artilleur, participe aux mêmes combats sans jamais le croiser. Un jour de repos, Paul demande au cantonnement voisin s’il y a des « gars de l’Aisne » : il n’y en a qu’un, son frère. Les deux hommes ont du mal à se reconnaître, tant leurs visages sont marqués ; ils fêtent cette brève rencontre et ne se reverront qu’à la démobilisation.
À Merlieux, zone occupée et proche du front, on vit dans la peur des réquisitions de la Kommandantur et des arrestations, sans autres nouvelles des soldats que quelques messages de la Croix-Rouge. En 1917, les obus français tombent sur le village ; le 16 avril au matin, dans une tempête de neige, la population part vers Barenton-Bugny. La famille Dumay fait partie du convoi. En 1918, à Barenton, les habitants sont triés : ceux qui peuvent travailler partent vers Vervins et La Capelle, les autres sont emmenés à Laon.
Le 13 octobre 1918, le 25e bataillon de chasseurs ouvre la marche vers Laon. Seul combattant originaire de l’Aisne, Charles Léon est désigné pour être le premier soldat français à entrer dans Laon. Par la pente de Semilly et la porte de Soissons, il arrive à l’église Saint-Martin, où la première personne qu’il rencontre est une jeune fille de Merlieux, son ancienne voisine Charlotte Lacourt. Elle ne le reconnaît pas, mais lui apprend que son père est sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Il y court : son père, à qui la Croix-Rouge l’avait annoncé tué à Verdun, ne le reconnaît pas non plus.
Démobilisé en 1919, il revient à Merlieux et s’y marie ; ses deux premières filles, Marie-Louise et Charlotte Félicie, naissent à Valavergny. Employé à l’administration des régions libérées, puis à la sucrerie d’Aulnois-sous-Laon, il vit sa retraite à Aulnois, entouré de ses dix enfants. Roland Durand, qui lui a rendu visite, conclut avec Roland Dorgelès : « nous sommes la génération de 14/18, et cela nous a marqués pour l’éternité ».
« Les grands hommes ? » : Paul Doumer
Le Syndicat d’initiative du canton d’Anizy propose d’ériger en 1982 un buste de Paul Doumer, longtemps conseiller général d’Anizy. L’article retrace son parcours : arrivé d’Aurillac en 1883 pour diriger le Courrier de l’Aisne, conseiller municipal de Laon, militant radical, fondateur du journal La Tribune, il possédait une maison à Anizy et y créa un comité républicain. Nommé gouverneur de l’Indochine, il en revint, selon l’auteur, « un autre homme », avant de devenir président du Conseil général, du Sénat, ministre des Finances et président de la République. L’auteur lui reproche d’avoir renié ses origines et d’avoir poussé la jeunesse, et ses propres fils, vers la guerre.
Le bulletin reproduit aussi une coupure de presse, « Les aspirants « Abraham » », critique envers son livre Le Livre de mes fils (1906), accompagnée de notes manuscrites (né à Aurillac en 1857, gouverneur de l’Indochine de 1896 à 1902, président du Sénat en 1917, président de la République en 1931, mort assassiné).
L’histoire de Merlieux « par la petite porte »
Sorts, sorciers et personnages mystérieux
À Merlieux, la crainte des « jeteurs de sorts » resta perceptible jusqu’à la fin de la Première Guerre mondiale. L’auteur a connu deux personnes réputées en avoir le pouvoir, dont il tait les noms. Les remèdes étaient radicaux : lorsqu’une chouette chantait près de la maison d’une victime, il fallait l’attraper et la clouer vivante à la porte ; pour protéger les vaches, on attachait un bouc dans l’étable, dont l’odeur était réputée chasser les maléfices.
Au début du siècle, un mystérieux personnage nommé Braban aurait vécu dans une grotte près de la champignonnière de Montarcène (la grotte Menon). On le signalait partout à la fois et il terrorisait les maisons isolées, puis il disparut ; longtemps encore, on n’allait ramasser châtaignes, glands ou faines dans ces bois qu’armé d’un gourdin. Sur la montagne, au lieu-dit le Bois de la Fille, vivait seule « la mère C. », morte en 1915, au milieu des renards, des blaireaux, des chouettes et des écureuils ; elle disait pouvoir jeter des sorts aux importuns, sans jamais avoir eu besoin de le faire.
Le couronnement des rosières
Cette coutume disparut avec la guerre de 1914-1918. Une jeune fille « vertueuse » était choisie par un jury composé à l’origine de Mme Bailly, puis de la famille Le Carlier, propriétaires du château, de la comtesse d’Aramon et de la municipalité. Couronnée à l’église, elle recevait un prix et marquait l’événement par une plaque sur le caveau de la famille Bailly, la plantation d’un arbre ou même l’érection d’un calvaire. Il reste les ruines d’un calvaire chemin du Caquet, et à Valavergny le marronnier planté par Louise Lefer en 1901.
| Rosière | Année |
|---|---|
| Alice Durand | 1897 |
| Adolphine Lacourt | 1898 |
| Louise Lefer | 1901 |
| Marie Simon | 1903 |
| Juliette Dhuez | 1905 |
| Marthe Lyon | 1911 |
Les fêtes
L’église étant dédiée à sainte Geneviève, la fête patronale avait lieu le 3 janvier. La fête communale, qu’on confond souvent avec elle, a lieu le troisième dimanche de septembre, et longtemps le dernier dimanche d’août. Il y avait autrefois une fête de quartier sur la place de Valavergny, où un bistrot occupait la maison appartenant aujourd’hui à M. Villain.
Métiers et techniques d’autrefois
Une grande partie du numéro est faite de dessins à la plume, légendés à la main, qui montrent les machines et les ateliers du village d’avant 1914, presque tous détruits en 1917.
L’huile : les tordoirs Fouquart et Rivage
Merlieux comptait deux « tordoirs », ateliers où l’on fabriquait l’huile de graines oléagineuses : celui de M. A. Fouquart (aujourd’hui maison de M. Sauvage) et celui de M. J. Rivage (aujourd’hui maison de M. Joseph). Les graines étaient d’abord écrasées sous une meule verticale tirée par un cheval, puis pressées. Le tordoir de M. Fouquart fonctionna jusqu’aux attaques du Chemin des Dames en 1917 ; détruit par les bombardements, il ne fut jamais remis en activité.




Le vin, le cidre et la « goutte »
Avant la Première Guerre mondiale, la distillation était libre : le distillateur passait de maison en maison avec son matériel, sans aucun contrôle. La « goutte » était la boisson de force de ceux qui faisaient les travaux les plus durs. Il fallait deux appareils : le premier produisait les « petites eaux » (25 à 30 degrés), le second permettait de monter jusqu’à 70 degrés. Le dernier distillateur « libre » fut tué pendant la guerre de 1914 ; son nom figure sur le monument aux morts de Lizy. Pendant la guerre, on utilisait un appareil rudimentaire fait d’un chaudron et d’une bassine d’eau froide.



Les artisans et les cultivateurs
- La maréchalerie (aujourd’hui maison de M. Merlet) : Lucien Douche fut maréchal-ferrant jusqu’à l’offensive du Chemin des Dames en 1917. Il mourut en 1918 des suites des mauvais traitements infligés par l’ennemi ; son nom figure sur le monument aux morts de la commune.
- La vannerie : le vannier Stehen Michel, un ambulant aux origines inconnues fixé à Merlieux, était aussi un virtuose de l’accordéon que les jeunes allaient chercher pour les bals du dimanche. Son atelier, détruit en 1917, ne fut pas reconstruit.
- Le sciage en long : ce chantier était utilisé par M. Poindron, père de Mme Gasser, pour débiter le bois de ses fabrications de charronnage et de menuiserie (brouettes, échelles, charrettes, meubles).
- La batteuse à manège, entraînée par un cheval, telle qu’elle existait chez les cultivateurs de Merlieux avant la guerre.




Lieux disparus ou transformés
L’école
Le bulletin retranscrit l’ordonnance signée par le roi Louis-Philippe à Saint-Cloud le 7 octobre 1840 : la commune de Merlieux et Fouquerolles est autorisée à acheter au sieur Lévêque, pour 3 400 francs, une maison avec ses dépendances pour y installer l’école et le logement de l’instituteur. Pour la payer, elle peut vendre aux enchères plusieurs terrains communaux, soit 8 hectares 87 ares 90 centiares estimés à 4 137,80 francs. Une photographie montre l’école en ruine en avril 1917.

L’eau : la fontaine communale
Jusqu’en 1927, les habitants venaient chercher l’eau à la fontaine communale, datée de 1861. L’appareil était perfectionné pour l’époque : une longue chaîne portait un seau à chaque extrémité, et une poulie crantée actionnée par une manivelle les faisait monter et descendre tour à tour. En 1927, le captage de la source de la Saleuse, à Valavergny, permit d’installer des bornes-fontaines dans chaque quartier.

Le château, devenu la Maison de l’Aisne
Deux cartes postales montrent le château avant la guerre, avec sa tour ronde, puis en ruine. Détruit en 1917 lors des combats du Chemin des Dames, il fut reconstruit à partir de 1925. Le Comité du tourisme de l’Aisne l’a acheté en 1971 à l’« Association pour l’Avenir » de la paroisse Sainte-Marie-des-Vallées à Colombes ; après aménagement, il est devenu la Maison de l’Aisne, siège du C.P.I.E.



Moulins, refuges et lieux-dits
- Le moulin de Taniel-Montempène, en ruine après les combats de 1917-1918. Son dernier meunier-maréchal, M. Marneff, fut déporté fin 1916 ; il mourut avec son épouse à Gembloux, en Belgique, en 1917.
- Le Poste, petite construction en pierre de taille et ardoises datant probablement du XVIIIe siècle. Il servait de refuge aux pauvres et aux mendiants, nombreux avant 1914 : souvent des saisonniers agricoles congédiés « sans ménagement » une fois la dernière gerbe rentrée, qui vivaient de mendicité en attendant la campagne betteravière.
- Le lieudit la Tuilerie et le calvaire de Valavergny, déjà publiés dans le n°4.




Le monument aux morts et l’église
Deux photographies montrent le monument aux morts devant l’église, avec la plaque « Merlieux à ses enfants morts aux combats 1914-1918 » et la légende « À ses enfants morts pour la France » (le livre Merlieux – Notre Commune date la cérémonie du 28 mai 1972, année de construction du monument), ainsi que l’église et sa place.


Le square et le terrain du Foyer
Un dessin représente le square Gérard-Philipe, aménagé dans l’ancien lavoir à arcades, inauguré le 25 juin 1978. Un autre présente le projet d’aménagement du nouveau terrain derrière le Foyer populaire rural : cuisine, remise, pelouses, « poste », bancs, emplacement pour un manège, jeux pour enfants et clôture de thuyas.


La démographie depuis 1800
Le bulletin publie le nombre de naissances, de mariages et de décès à Merlieux par périodes d’une dizaine d’années. On y lit le déclin du village : plus de 90 naissances par décennie au début du XIXe siècle, moins de 20 à partir de la guerre de 1914.
| Période | Naissances | Mariages | Décès |
|---|---|---|---|
| 1800-1813 | 78 | 58 | 63 |
| 1813-1822 | 92 | 54 | 59 |
| 1823-1832 | 96 | 21 | 104 |
| 1833-1842 | 71 | 34 | 88 |
| 1843-1852 | 69 | 34 | 73 |
| 1853-1863 | 55 | 26 | 81 |
| 1863-1873 | 96 | 22 | 54 |
| 1873-1882 | 54 | 23 | 74 |
| 1883-1893 | 50 | 13 | 56 |
| 1893-1902 | 44 | 23 | 66 |
| 1903-1912 | 40 | 20 | 41 |
| 1913-1922 | 19 | 16 | 35 |
| 1923-1932 | 29 | 14 | 38 |
| 1933-1942 | 17 | 7 | 31 |
| 1943-1952 | 35 | 16 | 24 |
| 1953-1962 | 18 | 18 | 17 |
| 1963-1973 | 29 | 9 | 22 |
| 1973-1978 (5 ans) | 12 | 12 | 11 |
Merlieux : hier, aujourd’hui, demain ?
Le numéro se termine sur un dessin humoristique : « hier », un voisin verse à boire depuis sa fenêtre dans le verre que lui tend celui du dessous ; « aujourd’hui ? demain ? », les volets restent clos.

🔎 Pour aller plus loin
Les personnes citées. Elles sont réunies, avec leurs familles et les liens de parenté retrouvés, dans la page Les noms du village.
Les familles du château. Le jury des rosières réunissait Mme Bailly puis la famille Le Carlier. En 1788 déjà, un M. Bailly, « secrétaire du Roi », figurait parmi les privilégiés de la paroisse (n°4), et c’est une châtelaine Le Carlier qui donna le lavoir à la commune en 1862 (voir « Les Vendangeoirs du Laonnois »).
Des noms qui reviennent. Un Rivage J. et un Fouquart A. figurent dans la liste des maires du n°1 (1843-1846 et 1897-1904), comme les deux propriétaires des tordoirs. Le n°1 mentionnait aussi « deux pressoirs à huile » et le moulin de Taniel détruit en 1917 ; le n°2 citait le lieu-dit « les Côtes de la Saleuz », où se trouve la source captée en 1927.
Deux petites différences. Le n°1 date l’évacuation du village du 17 avril 1917, ce numéro du 16 avril ; le n°1 situe la reconstruction du château entre 1924 et 1930, ce numéro « à partir de 1925 ».
Dans le livre de Roland Durand. Ce numéro est repris dans Merlieux – Notre Commune (1980). Le livre y appelle le premier soldat français entré dans Laon « Paul Dumay », alors que ce numéro raconte l’histoire de Charles Léon, dont Paul était le frère aîné. Il donne aussi les noms et le parcours des morts inscrits au monument, parmi lesquels le maréchal-ferrant Lucien Douche (voir la liste).
Sources : « Notre Tribune » n°1, n°2 et n°4 ; M. de Sars, « Les Vendangeoirs du Laonnois ».
Le bulletin original
Retrouvez le bulletin complet, numérisé, ci-dessous.
Source : « Notre Tribune », bulletin communal de Merlieux, numéro 4 bis, vers 1979.
Vos souvenirs
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