ℹ️ À propos de cette page – Les pages ci-dessous sont extraites du livre « Les Vendangeoirs du Laonnois » du comte Maxime de Sars (pages 146 à 151), à la partie consacrée à Merlieux, avec les notes qui l’accompagnent. Un vendangeoir est une maison où l’on faisait et stockait le vin ; le livre retrace l’histoire de ces maisons à Merlieux, Valavergny et Fouquerolles, et des familles qui les ont possédées du XIIe au XXe siècle.
Vous trouverez d’abord la retranscription intégrale du texte, puis une version en français moderne, plus facile à lire. Le document original numérisé est consultable et téléchargeable en fin d’article.

Le livre
Les Vendangeoirs du Laonnois
Auteur : comte Maxime de Sars (1886-1960), historien du Laonnois, né à Urcel
Éditeur : Société historique de Haute-Picardie
Première parution : 1934-1935
Édition utilisée : réédition de 1986 (Imprimerie de la Manutention, Mayenne), exemplaire n° 9388
Extrait : pages 146 à 151 (Merlieux) et notes
L’ouvrage passe en revue une trentaine de vendangeoirs autour de Laon, maisons de bourgeois et de religieux où l’on pressait le vin, en retraçant pour chacun la suite de ses propriétaires.
Le texte original
Retranscription intégrale, orthographe d’origine conservée. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux notes du livre, retranscrites à la suite du texte.
Merlieux
Village situé dans une gorge étroite sur la rive droite de l’Ailette, presque entièrement détruit pendant la dernière guerre et reconstruit.
La seigneurie faisait partie du comté d’Anizy, appartenant à l’évêque de Laon.
Le vignoble avait une superficie de 25 hectares en 1780.
L’ABBAYE CHEF-D’ORDRE DE SAINT-JEAN-BAPTISTE DE PRÉMONTRÉ tenait, dès le milieu du XIIe siècle, la « cour de Merli ou Merliu » avec des vignes ; l’évêque lui en confirma la propriété en 1151, et les papes, en 1158 et en 1188 (1). Située au sud-ouest de l’église, cette maison, vulgairement appellée la maison de Prémontré, consistait, en 1779, « en cuisine, chambre, fournil, foulerie, grange, pressoir, étable, cour, jardin, tenant au sieur de la Suze et au chemin, par bas à la Grande rue, par haut aux terres », avec 80 verges de vigne transformée en terre labourable, 43 ares de vigne en trois pièces, 7 hectares de terre en quatorze pièces, 1 hectare 80 ares de bois en deux pièces et 5 sous de rente. Ils furent loués jusqu’au milieu du XVIIe siècle pour 7 à 10 muids de vin, par la suite en argent (2).
Jacques DU QUENNET, écuyer, seigneur de Tannières, habitait en 1626 au nord de la maison de Prémontré ; sa veuve, Isabelle DE FUST, y mourut en 1670. La maison était passée en 1679 à Charles MARQUETTE, conseiller au bailliage de Laon († avant 1689) (3) ; père de Marie-Françoise, mariée à Philippe-François DE BLOIS, écuyer, seigneur de la Suze, conseiller à la Cour des monnaies de Paris, puis président trésorier de France à Soissons. Leur second fils, Philippe-François-Bonaventure DE BLOIS, écuyer, ancien mousquetaire du Roi, gentilhomme de sa grande vénerie, mort à Merlieux en 1770, reçut le bien par donation (1740) et l’agrandit de maison, vignes et prés acquis en 1743 des héritiers d’Antoine BAY, greffier en chef de l’élection de Senlis (4). Il vendit en 1768 sa « grande maison bourgeoise bâtie à la moderne entre cour et jardin, pressoir, foullerie, cuves et autres ustanciles de vendanges, avec un corps de logis faisant face à la porte cochère d’entrée qui est composée d’une cuisine, fournil, écurie et d’une étable, un colombier à pied, cave dessous, une grande cour, un cabinet à côté de la porte cochère, autre petite cour derrière la cuisine, avec les halliers qui y sont bâtis, grand jardin derrière, avec un verger à côté, le tout fermé de mur, couvert en tuiles, tenant du levant aux religieux de Prémontré (sic), d’autre au vendeur, devant sur rue, faisant hache à l’abreuvoir, derrière aux religieux et au vendeur », six maisons de vignerons, un corps de ferme à Valavergny et un autre à Montarcène, 4 hectares et demi de terre en quatre pièces, 6 de pré en neuf pièces, 4 de vigne en dix-huit pièces (dont 44 verges faisant partie du fief de Monthiemont à Valavergny), 11 de bois en dix pièces et 90 livres 3 sols avec une paire de poulets de surcens à Merlieux, Valavergny, Fouquerolles, Lizy, Bourguignon, Montarcène et Montbavin, moyennant 57.000 livres, à Claude-Charles DESPREZ, bourgeois de Paris, demeurant rue du Temple (5), depuis écuyer, fourrier des logis de la maison de Monsieur, syndic municipal de Merlieux en 1788 († 1788). La maison appartenait, au milieu du siècle dernier, à Alexis-Hippolyte DE VILESTIVAUD, directeur de l’enregistrement de Laon, commandant de la garde nationale († 1872), et fut acquise par René-Auguste MATTON. Elle a été détruite pendant la dernière guerre.
Une propriété plus importante, au nord de la précédente, sur le chemin de Montarcène, appartenait probablement au milieu du XVIe siècle à Antoine DU VEZ, demeurant à Merlieux, et fut divisée entre son fils et sa fille aînée, Magdeleine, mariée à Jean DE HANON, écuyer, seigneur de la Mivoie et de la Motte-Brion, mort et inhumé à Merlieux en 1594. Suzanne de Hanon, morte à Merlieux en 1654, fille de Magdeleine, porta la part la plus importante à Charles DE LEZINES, écuyer, seigneur de Mesmin, puis à Claude DE MALORTIE, écuyer, seigneur de la Brosse en Champagne, lieutenant pour le Roi à Laon ; grand’mère de Claude-César, écuyer, seigneur de Luzilly et de Monthiemont, capitaine de cavalerie, tué à Raon en 1678. La mère de ce dernier, Marie DE RAISON, veuve de François-Annibal DE MALORTIE, vendit avant 1707 à Joseph HAVART, seigneur de Monthiemont, receveur des tailles en l’élection de Laon († 1734), une « maison consistante en un corps de logis couvert d’écaille, cour devant dans laquelle est un pressoir, grange, écurie, bergerie, remise et autres batimens, au milieu un colombier à pied, grand enclos et jardin derrière, fermé de murs, tenant au sieur et dame du Vez ou ayant cause et à un chemin, d’autre auxd. du Vez, devant à la rue, derrière aux terres labourables de l’abbaye de Prémontré et autres, avec trois cuves… et tous autres ustanciles, un autre jardin et enclos faisant face, remplis d’arbres fruitiers en partie, dans lequel il y a un étang et des canaux et des bois aulnis et autres » d’un hectare 80 ares, 20 hectares de bois en quinze pièces, 68 hectares de terre en quarante-huit pièces, 15 hectares de pré en trente-quatre pièces, 9 hectares 80 ares de vigne en sept pièces, le moulin de Paris avec trois étangs, trois maisons à Merlieux, la maison du fief de Monthiemont avec 60 ares de terre et 35 livres 5 sols de surcens à Merlieux, Montbavin et Chaillevois. Havart vit saisir sa nouvelle acquisition et dut la racheter à la barre du bailliage en 1708 pour 17.700 livres (8). Son fils, Joseph, seigneur de Monthiemont et Luzilly, aussi receveur des tailles († 1753), refit l’unité du domaine en acquérant de François-Charles DE BEZANNES, chevalier, seigneur de la Plaine, Vaurseine et autres lieux, moyennant 3.200 livres, en 1750, la masure transformée en ferme, deux maisons de vigneron, grand jardin de 55 ares (7), que son père avait obtenus en 1698 après la fuite de son parent protestant, Josué DU VEZ, écuyer, seigneur de Villers-lès-Guise et de Missy (8). Françoise-Elisabeth CHEVALIER DE SOURIVIÈRE, dame de Mainville, demeurant à Paris, rue de Sorbonne, puis rue des Poitevins, acquit le domaine des créanciers de Joseph Havart en 1758, par décret en la Cour des aides (9), et le vendit en 1763, pour 60.000 livres, à François-Claude BELACHE, marchand tapissier, bourgeois de Paris († avant 1777) (10) ; père d’Anne-Françoise-Gabrielle, mariée à Jean-Claude BAILLY, écuyer, conseiller secrétaire du Roi, trésorier général des ligues suisses et grisons, ancien secrétaire des affaires étrangères, décédé à Merlieux en 1798 ; grand-père de Jacques-Marie-François BAILLY, officier du génie, mort à Merlieux en 1825, dont la veuve, Marie-Pauline RIGAULT, institua par testament en 1850 un couronnement de rosière. La maison, connue sous le nom de château, passa avec le domaine en dépendant à Amélie-Thérèse DE BURE, morte à Merlieux en 1874, veuve de Marie-Charles-Henri-Philbert LE CARLIER, député et conseiller général de l’Aisne ; grand’mère d’Amélie-Henriette LE CARLIER († 1913), mariée à Ernest-François d’Aubenizel EDMOND-BLANC, conseiller d’Etat, secrétaire général du ministère de l’intérieur ; arrière-grand’mère de Mme Alice-Elisabeth EDMOND-BLANC, veuve de Jean-Louis-Henri BAUDOT, chef d’escadron d’artillerie. Le château de Merlieux a été détruit pendant la dernière guerre et reconstruit.

L’auteure du dessin porte le même nom qu’Amélie-Thérèse de Bure, future châtelaine de Merlieux (morte en 1874) : il pourrait s’agir de la même personne. Veuve Le Carlier, elle est très probablement aussi la châtelaine qui donna en 1862 l’ancien lavoir à la commune, devenu de nos jours le square Gérard-Philipe.
Au hamau de Valavergny on trouve les vestiges de la maison seigneuriale des prévôts héréditaires de Laonnois, derrière laquelle s’étendait un clos de vigne de deux hectares et demi. Elle appartint successivement aux familles DE VALAVERGNY (XII-XIIIe s.), DE VILLESAVOYE et DE COUCY-DRONAY (XIVe s.), DE LISAC (XVe s.), DE CRÉCY (1478-1664), DE LOUVENCOURT et LE PARMENTIER (1664-1699), PÉTRÉ (1699-1731), D’ENNET (1731-1823), DE ROMANCE (1823-1844), FAGUET (1844-1867), CARLIER (depuis 1867).
Un petit domaine, composé de maison et vignes à Valavergny et évalué 2.992 livres, passa en 1791 de Simon-Louis MOROY à Marc MIGNOT (11).
Les enfants de Claude GAMBART, bourgeois demeurant au hameau de Fouquerolles († 1722), vendirent en 1723, à François-Joseph VIÉVILLE, écuyer, moyennant 14.000 livres, une maison « consistant en cuisine basse, chambre haute, chambre basse, foulerie, couverte de tuiles, sente, jardin potager avec un grand enclos fermé de murs sur trois côtés, deux caves sous des terres », une ferme, 90 ares de vigne en quatre pièces, 1 hectare et demi de pré en six pièces, 21 hectares de terre en douze pièces, 7 ares de jardin et 35 de bois (12).
Les notes du livre
- (1) B. S., ms. 7 (cartul.), fos 11, 11 v ; 20.
- (2) A. A., H 808.
- (3) Ibid. — SOUCHON, v, p. 19.
- (4) Vente du 26 janvier 1743 devant Cotte et vêture du 29 par le bailli de la duché-pairie de Laon (A. A., 2686).
- (5) Acte du 10 mai 1768 devant E. Cotte (Arch. de l’Aisne, Min. Gérandal).
- (6) Adjudication du 4 février 1708 (A. A., Greffe de Laon, 306 2).
- (7) Acte du 3 juin 1750 devant E. Cotte (A. A., Min. Gérandal, 49) ; vêture du 12 (A. A., B 2686).
- (8) A. A., Greffe de Laon, 33.
- (9) Vente du 4 mars 1758 devant de Laleu à Paris et vêture du 31 devant les baillis de la duché-pairie et du chapitre (A. A., B 2687, 2844 ; C 901).
- (10) Vente du 3 août 1763 devant de Langlard à Paris (A. A., C 901).
- (11) A. A., C 28.
- (12) Apposition de scellés du 16 juillet 1722 (A. A., B 2709). — Vente du 20 février 1723 devant Bottée et vêture du 26 par le bailli de la duché-pairie (Ibid., B 2686).
Dans le texte, l’appel de note placé après « 17.700 livres » est imprimé (8) ; il correspond vraisemblablement à la note (6), qui porte sur l’adjudication de 1708.
Le même texte, en français d’aujourd’hui
Réécriture fidèle au texte du livre, sans ajout d’informations. Les mots anciens sont expliqués dans le petit lexique plus bas.
Le village
Merlieux est situé dans une gorge étroite, sur la rive droite de l’Ailette. Presque entièrement détruit pendant la guerre, le village a été reconstruit. Sous l’Ancien Régime, la seigneurie de Merlieux dépendait du comté d’Anizy, qui appartenait à l’évêque de Laon. En 1780, les vignes couvraient 25 hectares.
La maison de Prémontré
Dès le milieu du XIIe siècle, l’abbaye de Prémontré, maison mère de l’ordre des Prémontrés, possédait à Merlieux un domaine avec des vignes, la « cour de Merli » ou « de Merliu ». L’évêque de Laon lui en confirma la propriété en 1151, puis les papes en 1158 et en 1188.
Cette maison, que l’on appelait couramment « la maison de Prémontré », se trouvait au sud-ouest de l’église. En 1779, elle comprenait une cuisine, une chambre, un fournil, une foulerie, une grange, un pressoir, une étable, une cour et un jardin. Elle touchait la propriété du seigneur de la Suze et le chemin ; en bas, elle donnait sur la Grande rue et, en haut, sur les champs. S’y ajoutaient d’anciennes vignes devenues terres de culture (80 verges), 43 ares de vigne en trois parcelles, 7 hectares de terres en quatorze parcelles, 1,8 hectare de bois en deux parcelles et une rente de 5 sous.
Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, ces biens étaient loués contre 7 à 10 muids de vin par an ; ensuite, le loyer fut payé en argent.
Le vendangeoir des Blois de la Suze, future maison Matton
En 1626, Jacques du Quennet, écuyer, seigneur de Tannières, habitait au nord de la maison de Prémontré ; sa veuve, Isabelle de Fust, y mourut en 1670. En 1679, la maison appartenait à Charles Marquette, conseiller au bailliage de Laon, mort avant 1689. Sa fille, Marie-Françoise, épousa Philippe-François de Blois, seigneur de la Suze, conseiller à la Cour des monnaies de Paris puis président trésorier de France à Soissons.
Leur second fils, Philippe-François-Bonaventure de Blois, ancien mousquetaire du Roi et gentilhomme de la grande vénerie (les chasses du roi), reçut la maison en donation en 1740. En 1743, il l’agrandit en achetant une maison, des vignes et des prés aux héritiers d’Antoine Bay, greffier en chef de l’élection de Senlis. Il mourut à Merlieux en 1770.
En 1768, il vendit l’ensemble pour 57 000 livres à Claude-Charles Desprez, bourgeois de Paris habitant rue du Temple. Desprez devint ensuite écuyer, fourrier des logis de la maison de Monsieur (le frère du roi), puis syndic municipal de Merlieux en 1788, année de sa mort. L’acte de vente décrit :
- une grande maison bourgeoise de construction récente pour l’époque, entre cour et jardin, avec pressoir, foulerie, cuves et tout le matériel des vendanges ;
- face au grand portail d’entrée, un bâtiment avec cuisine, fournil, écurie et étable ; un colombier avec une cave dessous ; une grande cour ; un petit local à côté du portail ; une autre petite cour derrière la cuisine, avec ses petites constructions ;
- derrière, un grand jardin et un verger, le tout clos de murs et couvert de tuiles. La propriété touchait à l’est les religieux de Prémontré, d’un autre côté les terres du vendeur ; devant, elle donnait sur la rue et formait un angle avec l’abreuvoir ;
- six maisons de vignerons, une ferme à Valavergny et une autre à Montarcène ;
- 4,5 hectares de terres (4 parcelles), 6 hectares de prés (9 parcelles), 4 hectares de vignes (18 parcelles, dont 44 verges relevant du fief de Monthiemont à Valavergny) et 11 hectares de bois (10 parcelles) ;
- enfin, des redevances annuelles (surcens) de 90 livres 3 sols et d’une paire de poulets, perçues à Merlieux, Valavergny, Fouquerolles, Lizy, Bourguignon, Montarcène et Montbavin.
Au milieu du XIXe siècle, la maison appartenait à Alexis-Hippolyte de Vilestivaud, directeur de l’enregistrement à Laon et commandant de la garde nationale, mort en 1872. Elle fut ensuite achetée par René-Auguste Matton, puis détruite pendant la guerre.
À rapprocher du « château Matton », manoir détruit en 1917-18, évoqué dans Notre Tribune n°1.
Le domaine des Malortie, futur château de Merlieux
Plus au nord, sur le chemin de Montarcène, se trouvait une propriété plus importante. Au milieu du XVIe siècle, elle appartenait probablement à Antoine du Vez, qui habitait Merlieux. Elle fut partagée entre son fils et sa fille aînée, Magdeleine, épouse de Jean de Hanon, seigneur de la Mivoie et de la Motte-Brion, mort et enterré à Merlieux en 1594.
Suzanne de Hanon, fille de Magdeleine, morte à Merlieux en 1654, apporta la plus grande part du domaine à ses maris successifs : Charles de Lezines, seigneur de Mesmin, puis Claude de Malortie, seigneur de la Brosse en Champagne et lieutenant du Roi à Laon. Elle était la grand-mère de Claude-César de Malortie, seigneur de Luzilly et de Monthiemont, capitaine de cavalerie, tué à Raon en 1678.
Avant 1707, la mère de Claude-César, Marie de Raison, veuve de François-Annibal de Malortie, vendit le domaine à Joseph Havart, seigneur de Monthiemont et receveur des tailles de l’élection de Laon, mort en 1734. La vente comprenait :
- une maison couverte « d’écaille » ; devant, une cour avec pressoir, grange, écurie, bergerie, remise et autres bâtiments, et un colombier au milieu ; derrière, un grand enclos et un jardin fermés de murs ; trois cuves et tout le matériel ;
- en face, un autre jardin clos de 1,8 hectare, planté en partie d’arbres fruitiers, avec un étang, des canaux et des bois d’aulnes ;
- 20 hectares de bois (15 parcelles), 68 hectares de terres (48 parcelles), 15 hectares de prés (34 parcelles) et 9,8 hectares de vignes (7 parcelles) ;
- le moulin de Paris et ses trois étangs, trois maisons à Merlieux, la maison du fief de Monthiemont avec 60 ares de terre ;
- 35 livres 5 sols de redevances (surcens) à Merlieux, Montbavin et Chaillevois.
Ses biens ayant été saisis, Havart dut racheter le domaine aux enchères du bailliage en 1708, pour 17 700 livres.
Son fils, Joseph Havart, seigneur de Monthiemont et de Luzilly, lui aussi receveur des tailles, mort en 1753, reconstitua le domaine. En 1750, il racheta pour 3 200 livres à François-Charles de Bezannes, seigneur de la Plaine, de Vaurseine et d’autres lieux, une ancienne masure devenue ferme, deux maisons de vigneron et un grand jardin de 55 ares. Ces biens avaient été obtenus en 1698, après la fuite d’un parent protestant, Josué du Vez, seigneur de Villers-lès-Guise et de Missy.
En 1758, à la demande des créanciers de Joseph Havart, le domaine fut vendu sur décision de la Cour des aides. Il fut acheté par Françoise-Élisabeth Chevalier de Sourivière, dame de Mainville, qui habitait Paris (rue de Sorbonne, puis rue des Poitevins). Elle le revendit en 1763 pour 60 000 livres à François-Claude Belache, marchand tapissier et bourgeois de Paris, mort avant 1777.
Sa fille, Anne-Françoise-Gabrielle Belache, épousa Jean-Claude Bailly, conseiller secrétaire du Roi, trésorier général des ligues suisses et grisons et ancien secrétaire aux Affaires étrangères, mort à Merlieux en 1798. Leur petit-fils, Jacques-Marie-François Bailly, officier du génie, mourut à Merlieux en 1825. Par testament, sa veuve, Marie-Pauline Rigault, fonda en 1850 un « couronnement de rosière ».
La maison, désormais appelée « le château », passa avec son domaine à Amélie-Thérèse de Bure, morte à Merlieux en 1874, veuve de Marie-Charles-Henri-Philbert Le Carlier, député et conseiller général de l’Aisne. Sa petite-fille, Amélie-Henriette Le Carlier (morte en 1913), épousa Ernest-François d’Aubenizel Edmond-Blanc, conseiller d’État et secrétaire général du ministère de l’Intérieur. Son arrière-petite-fille était Mme Alice-Élisabeth Edmond-Blanc, veuve de Jean-Louis-Henri Baudot, chef d’escadron d’artillerie. Le château de Merlieux a été détruit pendant la guerre, puis reconstruit.
Valavergny : la maison des prévôts du Laonnois
Au hameau de Valavergny se trouvent les vestiges de la maison seigneuriale des prévôts héréditaires du Laonnois. Derrière s’étendait un clos de vigne de deux hectares et demi. Elle a appartenu successivement aux familles suivantes :
| Période | Famille |
|---|---|
| XIIe-XIIIe siècles | de Valavergny |
| XIVe siècle | de Villesavoye et de Coucy-Dronay |
| XVe siècle | de Lisac |
| 1478-1664 | de Crécy |
| 1664-1699 | de Louvencourt et Le Parmentier |
| 1699-1731 | Pétré |
| 1731-1823 | d’Ennet |
| 1823-1844 | de Romance |
| 1844-1867 | Faguet |
| depuis 1867 | Carlier |
Un petit domaine à Valavergny
Un petit domaine de Valavergny, composé d’une maison et de vignes et estimé à 2 992 livres, passa en 1791 de Simon-Louis Moroy à Marc Mignot.
Une maison à Fouquerolles
Claude Gambart, bourgeois du hameau de Fouquerolles, mourut en 1722. L’année suivante, ses enfants vendirent pour 14 000 livres à François-Joseph Viéville, écuyer :
- une maison couverte de tuiles, avec une cuisine au rez-de-chaussée, une chambre à l’étage, une chambre au rez-de-chaussée et une foulerie ; un sentier ; un potager et un grand enclos fermé de murs sur trois côtés ; deux caves creusées sous terre ;
- une ferme, 90 ares de vigne (4 parcelles), 1,5 hectare de prés (6 parcelles), 21 hectares de terres (12 parcelles), 7 ares de jardin et 35 ares de bois.
Petit lexique
Les mots anciens du texte (cliquer pour déplier)
- Vendangeoir : maison où l’on pressait le raisin et conservait le vin, souvent possédée par un noble, un bourgeois ou une abbaye.
- Pièce : parcelle de terrain.
- Verge : ancienne mesure de surface, une petite fraction d’hectare dont la valeur variait selon les régions.
- Muid : ancienne mesure de vin, correspondant à un grand tonneau.
- Livre, sou (ou sol) : monnaies de l’Ancien Régime ; une livre valait 20 sous.
- Surcens : redevance annuelle due sur une terre, en plus du cens.
- Foulerie : local où l’on foulait le raisin.
- Fournil : local où se trouve le four à pain.
- Colombier à pied : pigeonnier en forme de tour, privilège seigneurial.
- Porte cochère : grand portail permettant le passage d’une voiture à cheval.
- Écuyer : titre porté par les nobles sans titre de seigneurie plus élevé.
- Bailliage : circonscription de justice ; « racheter à la barre du bailliage », c’est racheter lors d’une vente aux enchères ordonnée par la justice.
- Élection, receveur des tailles : l’élection était une circonscription fiscale ; le receveur des tailles y percevait la taille, principal impôt direct.
- Rosière : jeune fille récompensée et couronnée pour sa bonne conduite lors d’une fête.
- « La dernière guerre », « le siècle dernier » : expressions de l’auteur, à comprendre par rapport à la date d’écriture du livre ; « le siècle dernier » désigne ici le XIXe siècle.
- (sic) : indique qu’une formulation est reproduite telle quelle.
🔎 Pour aller plus loin
Les personnes citées. Elles sont réunies, avec leurs familles et les liens de parenté retrouvés, dans la page Les noms du village.
Les Le Carlier. Marie-Charles-Henri-Philbert Le Carlier d’Ardon (1778-1860) fut maire de Laon de 1830 à 1832 et député de l’Aisne à plusieurs reprises entre 1815 et 1834. Sa veuve, Amélie-Thérèse de Bure, était la châtelaine de Merlieux. C’est très probablement elle qui, en 1862, donna à la commune l’ancien lavoir (la source parle de la « châtelaine Mme Lecartier »), devenu de nos jours le square Gérard-Philipe.
Les vendangeoirs aujourd’hui. Le circuit de découverte « Les richesses de Merlieux » signale encore d’anciens vendangeoirs dans le village, ainsi que des maisons à pignons à pas-de-moineaux, la fontaine (datée de 1862 par le circuit, alors que le cartouche dessiné dans le n°4 bis porte 1861), l’église du XIIe siècle et les vestiges du château de Valavergny.
L’auteur. Le comte Maxime de Sars était né à Urcel, commune voisine, dans le vendangeoir de sa famille.
Sources : Assemblée nationale (base Sycomore) ; Les lavoirs de l’Aisne ; Aisne Tourisme ; Wikipédia (Maxime de Sars).
L’extrait original
Retrouvez les pages numérisées du livre ci-dessous.
Source : comte Maxime de Sars, « Les Vendangeoirs du Laonnois », Société historique de Haute-Picardie, réédition 1986 (exemplaire n° 9388), p. 146-151 et notes.
Vos souvenirs
Vous connaissez l’histoire de ces maisons ou de ces familles, ou ce qu’il reste aujourd’hui des anciens vendangeoirs de Merlieux, Valavergny et Fouquerolles ? Partagez-le ici : vos commentaires aident à compléter l’histoire du village.

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