Merlieux – Notre Tribune, N°2 (~1976)

ℹ️ À propos de cette page – Le texte ci-dessous est une retranscription résumée du bulletin municipal original « Notre Tribune » n°2. Le document original, numérisé, est consultable et téléchargeable en fin d’article.

Bulletin municipal · Numéro 2 · vers 1976

Deuxième numéro de Notre Tribune, le bulletin municipal de Merlieux. Au sommaire : le territoire et ses lieux-dits, la vie du village, les travaux du Conseil, la naissance du C.P.I.E. au château, et un long récit de la vie des habitants pendant l’occupation de 1914-1918.

Merlieux en quelques chiffres

577 ha

Territoire communal

58

Habitations

132

Habitants (hors résidences secondaires)

960

Parcelles


Éditorial

Il semble que le premier numéro de « Notre Tribune » ait été accueilli avec intérêt.

La partie historique a suscité de nombreuses questions. Certes il est difficile, au travers de sources incertaines et fragmentaires, de reconstituer une chaîne idéale où le présent se confond dans le passé.

Dans les prochains numéros de notre bulletin, nous essaierons – à l’aide d’anecdotes, de souvenirs puisés çà et là au hasard de recherches – de préciser ce que furent les préoccupations de ceux qui ont fait notre Commune.

Il ne s’agit pas, bien sûr, de sombrer dans un chauvinisme local ou dans une nostalgie du passé qui masquerait les drames qui constituaient l’essentiel de l’existence de nos aïeux, mais bien, par comparaison, de trouver les formules qui, au gré des flux et des reflux, constitueraient des acquis dans la lutte qu’ils ont menée pour toujours un peu plus de bien-être, un peu plus de bonheur.

En dehors des travaux et des positions prises par l’Administration communale, qui seront largement commentés et analysés, une place importante sera réservée aux libres opinions.

Je souhaite que les habitants de Merlieux utilisent au maximum cette possibilité, et je fais confiance à leur sagesse et à leur civisme pour que des outrances inutiles ne trouvent pas refuge dans cet îlot de tolérance.

Éditorial du bulletin n°2

Administration communale

Le Conseil Municipal

FonctionNomAnnée(s)
MaireRoland Durand1932
1er AdjointMichel Hocquet1953
2e AdjointJacques Batize1965
ConseillerEmile Charpentier1945
ConseillerAdonis Poindron1947
ConseillerFernand Guidez1965
ConseillerGaston Fouquart1945 / 1956 / 1971
ConseillerOctave Bocquillon1971
ConseillerPierre Blondelle1971
ConseillerJean Janeiro1971
Conseiller (décédé)Arthur Lefèvre1953
SecrétaireLucienne Vidoni1952

Les Commissions

  • Bureau d’Aide Sociale – Délégués du Conseil Municipal : Emile Charpentier, Gaston Fouquart, Daniel Leguillou, Adonis Poindron ; Délégués du Préfet : Jacques Batize, Fernand Guidez, Henri Thiébaut, René Bellangeon
  • Commission des Impôts : César Viot, Emile Charpentier, Michel Hocquet, Gaston Fouquart, Adonis Poindron, François Maziare
  • Commission des Fêtes : Jacques Batize, Octave Bocquillon, Fernand Guidez, Jean Janeiro
  • Commission des Bois : Emile Charpentier, Gaston Fouquart, Fernand Guidez
  • Commission de Voirie : Pierre Blondelle, Octave Bocquillon, Emile Charpentier, Adonis Poindron
  • Patrimoine : Michel Hocquet, Emile Charpentier
  • Commission des Eaux : Michel Hocquet, Jean Janeiro, Emile Charpentier, Octave Bocquillon

Le territoire, les hameaux et les lieux-dits

Merlieux – Merilocus : « lieu où chantent les merles », « pays du bon vin ». (Interprétations traditionnelles du nom, non prouvées : voir la page Histoire de Merlieux.)

Le territoire communal : 577 hectares

Terres179 ha
Prés132 ha
Bois191 ha
Savart40 ha
Divers25 ha

Habitations : 58, dont 6 résidences secondaires et 6 inoccupées.
Parcelles : 960 – Propriétaires : 240.

Les hameaux

HameauHabitations
Les Pâtures4
Les Caquets4
Valavergny13
Le Village29
Fouquerolles8

Population totale, non compris les résidences secondaires : 132.

Quelques lieux-dits

Voir les 27 lieux-dits (cliquer pour déplier)
Lieu-ditDescription
LuzillyAncien hameau, comprenait un château, un moulin sur le ru allant du bois Roger à l’Ailette par les étangs de Bartel.
Les JardinetsAncien château de Merlieux, maintenant C.P.I.E.
Le Bois de la FilleAu-dessus des Jardinets.
Les Échafauds (Saint-Vincent)Derrière l’école. Endroit où furent massacrés à plusieurs reprises les habitants de Merlieux.
Les Côtes de la SaleuzeAdduction d’eau.
La Sente des Hautes ViséesNouvelle source.
La Montagne des GuidesFouquerolles.
Le Champ des ZocquesDerrière Fouquart.
Le Moulin ParisAncien moulin, M. Guidez.
Ruisseau de Sainte-GenevièveLes Larris (limite avec Montbavin).
Les FossesLimite avec Chaillevois.
Les ValoisesLimite avec Chaillevois.
La Champagne (La Moncelle)Sud de la route de Laon.
La QuilleVers Gasser.
La TuilerieDerrière Gasser. Lieu où existait une tuilerie, où furent fabriqués les tuiles, les briques et les carrelages qui servirent à la construction des habitations de Merlieux.
Le Glacy et CléryPetit hameau qui comportait des habitations et un moulin et s’étendait jusqu’à l’Ailette (avant la construction du chemin de fer).
Le Marais GuillotPrés au-delà de la ligne de chemin de fer.
Les Petites BruyèresTerres en dessous du chemin de fer.
L’ÉpinetteEn suivant des marais Guillot.
Taniel (Blavignat)Ancien moulin Marneff.
MontempèneÉtang Sitraco.
Les Terres Noires – La Haute BorneLimite sud-ouest avec Lizy.
Le Harle DetréeÉtang Chaudoye.
Les AulnesÉtang Touboulic.
Le Champ Frumion (fourmis)Au-dessus du Caquet.
Les Montiers Mont (Lizy nord-ouest)Comprenait au Moyen Âge un château et un couvent.
Les Bois des FossesLimite des terroirs de Lizy et Faucoucourt. Fait suite à Luzilly.

Images du patrimoine


La vie au village

Démographie et population

Naissances

  • David Da Sylva – la famille Da Sylva était à l’époque employée par Monsieur Lanoiselle, exploitant agricole.
  • Roland Dupont – la famille Dupont habitait rue des Juifs.
  • James Leclerc – fils de M. et Mme Leclerc. Jacky est le petit-fils de notre regretté collègue Arthur Lefèvre.
  • Manuel Verlyck – fils de M. et Mme Verlyck, domiciliés « aux Pâtures ».

Décès

  • Aktouf Mahmoud – domicilié à Valavergny.
  • Antoinette Delahaigue – domiciliée à Merlieux depuis sa retraite.
  • Juliette Henot
  • Serge Henot – il fut arrêté en 1914 et interné dans un camp en Allemagne. Il fut membre de la Commission communale des finances et du bureau d’aide sociale.
  • Marthe Lyon-Tolin – née à Merlieux.
  • Clara Lacourt – épouse de notre collègue Emile Charpentier, née à Merlieux.

Les familles Henot-Druez, Charpentier-Lacourt et Lyon-Tolin sont parmi les plus anciennes dont les noms se retrouvent sur les registres de l’État civil de Merlieux datant d’avant 1789.

Mouvement de la population

Trois habitants de Merlieux nous ont également quittés, leur état de santé ne leur permettant plus de rester seuls à leur domicile :

  1. Gabriel Legros, né à Merlieux, conseiller municipal puis adjoint pendant de nombreuses années, a eu sa mère tuée et son père grièvement blessé lors des combats de 1917.
  2. Henri Besnard, venu à Merlieux après la Première Guerre mondiale, y fonda une famille ; sa fille est l’épouse de notre collègue Janeiro, conseiller municipal. Lui-même fut membre du bureau d’aide sociale communal.
  3. Gaston Poindron, domicilié aux Pâtures, né à Merlieux, fils de Georges Poindron, déporté en Allemagne en 1914.

Familles ayant quitté la Commune

  • M. et Mme Robert Lanoiselle – exploitant agricole à Fouquerolles
  • M. et Mme Da Sylva – ouvrier agricole
  • M. et Mme Boissier – agent commercial
  • M. et Mme Roger Dupont – bûcheron
  • M. et Mme Beral – moniteur
  • M. et Mme Jambrina – métallurgiste

Nouveaux ménages installés

  • M. et Mme Raymond Verlyck et M. et Mme D’Hiver, fixés aux Pâtures dans des maisons achetées à MM. Claire et Poindron
  • M. et Mme Roger Vidoni – ancien concierge du C.E.S., qui ont construit une habitation à la Maison Blanche
  • M. et Mme Bellangeon – venus prendre leur retraite chez leurs enfants à Valavergny
  • M. et Mme Kikelj-Regnault – également à Valavergny
  • M. et Mme Perthuis et M. et Mme Placial – au village
  • M. et Mme Marguet – rue des Juifs
  • M. et Mme Bayonnet – nommés récemment au centre de Merlieux (C.P.I.E.)

Avec l’ouverture (prévue à l’automne) du Centre permanent d’initiation à l’environnement, d’autres mouvements de population se produiront certainement. Comme il était indiqué dans le n°1 de notre tribune, il semble donc que le creux de la « vague » soit dépassé.


Activités et travaux du Conseil Municipal

Les commissions

  • Commission des Impôts – réunie plusieurs fois à la demande de l’Inspection des Impôts et du Cadastre. Cadastre : mise à jour des documents cadastraux à la suite de ventes ou de mutations de parcelles ou de maisons d’habitation, et de constructions nouvelles. Impôts : répartition des impôts locaux. 1974 est l’année de l’utilisation des nouvelles bases d’imposition ; il apparaît que ce nouveau mode de calcul n’apporte aucune ressource supplémentaire aux communes, mais que les inégalités déjà existantes entre contribuables sont encore accentuées, puisqu’il n’est nullement tenu compte des revenus réels pour déterminer la quote-part de chacun (cote mobilière et foncier bâti). Pour le foncier non bâti, le revenu cadastral est majoré d’environ 20 %.
  • Commission des Eaux – réunie à deux reprises pour prendre connaissance des projets établis par le Génie rural (renforcement du réseau d’eau et lutte contre l’incendie). Ces problèmes n’ont pas tellement évolué : l’autorisation du propriétaire de la source n’a pas encore été obtenue et l’encadrement du crédit oblige à la prudence. Dans l’immédiat, seule la pose des compteurs va permettre de limiter le gaspillage.
  • Commission du patrimoine communal – location à Monsieur Boulogne des terres et prés précédemment exploités par Monsieur Lanoiselle (11 ha 60, à deux quintaux l’hectare) ; accord pour l’échange d’une parcelle de prés au lieu-dit « Les Pâtures ». Une parcelle de prés a été achetée aux héritiers de Monsieur Henot ; un dépôt d’ordures y a été aménagé.
  • Syndicat électrique – grâce au syndicat, le réseau communal a pu, l’an dernier, être renforcé : les chutes de tension ont disparu. Derniers travaux cette année : pose d’un transformateur pour alimenter le Caquet et les Pâtures, électrification de la maison Verlyck, renforcement du réseau de Valavergny.
  • Syndicat scolaire – les délégués ont assisté à plusieurs réunions du C.E.S. En dehors de l’augmentation des dépenses, pas de problème particulier. La création d’une classe enfantine à Lizy n’a pu aboutir en raison des dépenses à engager.
  • Commission des fêtes – en plus des fêtes légales et traditionnelles (14 Juillet, 11 Novembre, fête communale), la Commission, aidée par des habitants, a organisé un repas de fin d’année pris en commun et une soirée-débat sur le thème « La Commune de Merlieux : son passé, son avenir », qui ont obtenu une audience particulière. La Commune a également été présente au Carnaval d’Anizy-le-Château, où le char des vignerons de Mérilocus a obtenu un incontestable succès.
  • Visite du Préfet – le Conseil a eu l’honneur d’accueillir à la Mairie Monsieur Pierre Brunon, Préfet de l’Aisne, accompagné de Monsieur Godart, Conseiller général, de Monsieur Bruaux, directeur de l’Office du tourisme, du professeur Morand, chargé de l’animation des marais de Cessières, et de plusieurs officiers de la subdivision de Laon. Le Préfet a promis son concours pour résoudre au mieux les difficultés de la Commune.

Les grands travaux

En dehors des sessions ordinaires, le Conseil a dû s’occuper de questions plus importantes, dont certaines n’ont pas encore reçu de solution satisfaisante :

  • Réseau électrique – les installations datent de 1927. La Commune était alimentée par un seul transformateur, au Calvaire de Valavergny. Grâce au Syndicat, des travaux importants et peu coûteux pour la commune ont été réalisés en 1974 ; à l’issue des prochains travaux, quatre transformateurs permettront aux habitants de disposer du matériel de leur choix.
  • Réseau d’eau – les installations datent également de 1927 et furent presque entièrement financées par le P.M.U. À l’époque, seules cinq familles désiraient un raccordement personnel. Aujourd’hui tous les immeubles possèdent un branchement, alors que le débit de la source a baissé et que le château d’eau n’a qu’une contenance de 50 m³. Seule la pose de compteurs va permettre dans l’immédiat de limiter le gaspillage.
  • Lutte contre l’incendie – le projet comporte l’utilisation de l’ancienne mare et la pose de poteaux d’incendie ; seul l’encadrement du crédit n’a pas encore permis de mener à bien ces travaux.
  • Ramassage des ordures ménagères – l’ancien dépôt étant d’accès difficile, le terrain acheté à Monsieur Henot a permis un dépannage provisoire, mais l’autorisation de maintenir des décharges près des habitations sera sans doute bientôt retirée. Une réunion à la Mairie d’Anizy-le-Château, à l’initiative du Conseiller général, a étudié un projet de ramassage et d’incinération, pour un coût annuel d’environ 45 F par habitant.
  • Voirie communale – le chemin rural du Caquet, dont la largeur était contestée depuis de nombreuses années, a été rendu à la circulation des véhicules de moins de 3,5 t. La commune en a demandé le classement et en assurera l’entretien ; cette année un tronçon sera empierré et goudronné (14 000 F). Le centre de loisirs Sitraco en entretiendra également un tronçon.

Tous ces travaux représentent des dépenses importantes pour une commune de 130 habitants. Des subventions ont été promises. Seuls les emprunts indispensables ne sont pas encore obtenus : nous devons donc démarrer avec prudence sous peine de catastrophe financière.


Une page d’histoire : la vie des habitants de Merlieux pendant l’occupation 1914-1918

Les références à l’histoire

Pourquoi, diront certains, une page d’histoire ? Les préoccupations de chaque jour ne suffisent-elles pas, avec leur diversité, à meubler notre emploi du temps ? Et puis n’avons-nous pas la preuve que les faits dont nous sommes les témoins n’ont pas la même résonance suivant qu’ils sont relatés en deçà ou au-delà d’une barrière politique ? Alors quel crédit accorder aux écrits parvenus jusqu’à nous, sachant que la plupart de leurs auteurs n’avaient que la possibilité d’être les valets ou les courtisans d’une classe sociale qui jugeait et décidait de droit divin ?

Précisément, ces témoignages du passé – écrits ou monuments – nous permettent, dans leur version unilatérale, de deviner et d’entendre les murmures de ceux d’en face : les plaintes, les cris de révolte qui s’échappaient des oubliettes, des chambres de torture ou des bûchers purificateurs. Ces bruits du passé nous concernent, nous les descendants des Jacquou le Croquant. Ils doivent nous aider à construire le présent et à préparer l’avenir.

La chaîne de la vie ne présente donc pas de coupures : les comportements d’aujourd’hui ne peuvent pas ignorer ceux d’hier, et demain ne pourra pas ignorer ce que furent hier et aujourd’hui. C’est cela l’histoire.

Notre Tribune, n°2

Été 1914 : la mobilisation

L’été de 1914 est lourd. Dans toutes les conversations publiques ou familiales revient la même question : l’automne se passera-t-il sans voir venir la guerre ? L’angoisse n’accompagne pas toujours cette éventualité : depuis 1871, les manuels d’histoire prêchent la revanche qui permettra le retour de l’Alsace et de la Lorraine à la mère patrie, et chacun attend le prétexte qui mettra le processus en route. Que peut craindre la France d’une simple expédition punitive qui sera de courte durée ? L’armée française n’est-elle pas la meilleure ? À tout ce bruit des armes, à cette exaltation chauvine, Jean Jaurès tente d’opposer un frêle barrage pour préserver la paix ; il est insulté, calomnié et finalement assassiné. La voie est libre : c’est la mobilisation.

Comme dans toute la France, à Merlieux, les hommes rejoignent leurs unités. Les plus jeunes vont à l’infanterie : les frères Desse, Huttin et Fresnoy seront tous tués. D’autres serviront dans d’autres armes et s’en tireront : Marcel Fouquart, Capliez, Louis et Emile Leroux, Adolphe Viot. Les plus âgés sont affectés à la garde des chemins de fer ; le poste principal est au sémaphore de Merlieux. Jour et nuit, les trains de troupe et de matériel se suivent, avec sur les wagons les mêmes inscriptions – « train de plaisir pour Berlin » – et une fleur dans chaque canon. Bientôt les premiers transports de blessés apparaissent, rideaux tirés ; les chants ont disparu. Puis les trains ne passent plus : les gardiens de voies sont emmenés à Laon pour être désarmés et renvoyés dans leur foyer. Charleroi, Guise : c’est la déroute.

À la Maison Blanche passent encore quelques éléments disloqués de l’armée française, dans un tourbillon de poussière : des artilleurs sans canon, des fantassins exténués suant sous la lourde capote de drap. Personne ne parle. Puis plus rien pendant quelques jours, un silence total, pesant. La réponse vient vite : les premiers régiments de cavalerie allemande passent à la Maison Blanche ; un détachement de uhlans traverse Fouquerolles et Merlieux et vient abreuver ses chevaux au lavoir de Valavergny. À Merlieux, toutes les portes et tous les volets sont clos, les hommes se cachent. Finalement une colonne de ravitaillement d’artillerie s’installe dans la Commune. La Kommandantur est au Château ; à chaque maison, une pancarte indique le nombre d’hommes et de chevaux qu’il est possible d’y loger. C’est le début des exactions : les réquisitions commencent.

La vie sous l’occupation

Le recensement de la population a immédiatement lieu. Les hommes valides sont rassemblés sur la place et déportés en Allemagne. Certains y échappent en se cachant dans les bois ; d’autres ne reviendront pas. L’un d’eux, Louis Lacourt, a une destinée particulièrement tragique : déporté, il est rapatrié en zone non occupée comme grand malade, mobilisé dans l’armée française et envoyé au combat ; blessé et fait prisonnier, il retrouve les camps allemands, et aussi la mort.

Pour les habitants, c’est une nouvelle vie qui commence : tout dépend du Commandant. L’instituteur ayant été arrêté, l’école est fermée ; le Commandant ordonne sa réouverture : une jeune fille de Merlieux, Berthe Dessaint, enseignera le français le matin, et un soldat allemand l’allemand l’après-midi. Hommes et femmes travaillent en colonne dans les champs sous le contrôle d’un soldat. Il est interdit de quitter la Commune. Les réquisitions s’accélèrent : d’abord les chevaux, puis les vaches, ensuite les matelas de laine pour tisser des uniformes. Les arbres sont abattus : les noyers pour faire des crosses de fusils, les chênes pour construire des ponts dans les marais, les peupliers et les sapins pour les encadrements de sape. Des prisonniers russes, employés à ces travaux, sont maltraités, privés de nourriture et parfois battus à mort par leurs gardiens.

À mesure que la guerre se prolonge, la discipline devient plus rigoureuse : il est interdit d’aller de Valavergny à Merlieux sans laissez-passer, et pas question de se rendre à Anizy ou à Laon.

1916 – C’est la grande bataille de Verdun. Les seuls échos qui parviennent au village sont diffusés par un journal en langue française imprimé par l’armée allemande, la Gazette des Ardennes. La prise de Douaumont est annoncée par les cloches de l’église, sur ordre du Commandant du Château, et les soldats se rendent en masse aux offices qui se succèdent toute la nuit. Les habitants, coupés de tout contact avec l’extérieur, sont envahis par le doute. 1916, c’est aussi la déportation d’un certain nombre de familles de Merlieux – personne n’a jamais su comment furent établies les listes. Certains moururent en Belgique, dont la famille Marneff, meuniers au moulin de Taniel ; d’autres femmes et enfants furent rapatriés en France non occupée après un séjour en Belgique et en Suisse. Certains hommes déportés en 1914 furent en revanche ramenés dans leurs foyers.

Fin 1916, les unités de ravitaillement partent, remplacées par des troupes combattantes venues quelques jours au repos ; beaucoup moins disciplinées, elles occupent toutes les pièces d’habitation et pillent ce qui avait pu être caché : quelques poules et lapins. L’hiver 1916-1917 est particulièrement rigoureux, mais le chauffage ne manque pas et le ravitaillement, bien qu’en petite quantité, continue d’arriver : le maire de l’époque, Edouard Carlier, va chaque semaine chercher les rations, d’abord à Anizy, puis à Athies-sous-Laon lorsque les obus commencent à tomber sur Anizy, avec l’unique cheval laissé par les Allemands.

1917 : l’exode

Les premiers mois de 1917 sont le prélude à de grandes batailles. Les soldats tués sont chaque jour ramenés derrière le lavoir de Merlieux, où un cimetière a été ouvert ; les hommes sont réquisitionnés pour creuser les fosses. L’église est transformée en ambulance. Début avril, les obus français commencent à tomber sur Valavergny ; la vie s’organise quelques jours dans les caves, puis les Allemands donnent l’ordre d’évacuation pour le 16 avril au matin. La veille, chacun transforme sa petite réserve de blé en farine à l’aide de moulins à café ; quelques gaufres sont les seuls vivres des musettes.

À cinq heures du matin, au milieu d’une tempête accompagnée de pluie glaciale et de neige, les habitants de Merlieux prenaient à pied le chemin de l’exode : Bourguignon, Mons, Laon, Barenton-Bugny.

À Barenton-Bugny, terminus du voyage, après avoir été parqués plusieurs heures dans une cour de ferme, les habitants sont répartis dans les locaux disponibles. La situation est précaire : pas de ravitaillement, pas de linge, pas de chauffage. Au bout de quelques jours, les hommes valides sont réquisitionnés par l’armée allemande et les femmes pour les travaux agricoles. Les offensives d’avril, mai et octobre 1917 ayant rapproché le front, Barenton est devenu la dernière gare où arrive le matériel militaire venant d’Allemagne ; plusieurs hôpitaux y sont édifiés. L’hiver 1917 se passe dans ces conditions.

1918 : la délivrance

Début 1918, un premier convoi composé surtout de femmes et d’enfants part de Barenton vers la Belgique et la Suisse. Pour les autres, ce sont des alternances rapides d’espoir et de découragement selon l’issue des batailles. Puis vient l’offensive de mai qui mène les Allemands aux portes de Paris ; la contre-offensive alliée, appuyée par les premiers contingents américains, provoque leur reflux, et le front se rapproche de nouveau. Les personnes âgées et les enfants sont dirigés vers Laon, où ils sont libérés par les troupes françaises le 13 octobre (une rue de Laon porte cette date). Les hommes jeunes reprennent la route de l’exode devant les troupes allemandes en déroute ; ils sont finalement rattrapés et libérés par les soldats français dans le village de La Bouteille.

Ainsi prenaient fin quatre années de cauchemar. Ceux qui ont vécu ces moments exaltants de la délivrance n’ont jamais cessé, chaque année au 11 Novembre, de venir faire l’appel des noms de ceux qui sont morts dans cette grande tourmente.

Notre Tribune, n°2

Le C.P.I.E. (Centre Permanent d’Initiation à l’Environnement)

Le C.P.I.E. est né indirectement de la volonté du Conseil Municipal de « sortir » la Commune de la léthargie dans laquelle elle sombrait de plus en plus : l’école fermée faute d’élèves, une population qui diminuait à chaque recensement – près de la moitié des habitants âgés de plus de 60 ans –, aucune construction neuve. Le château, qui recevait depuis 1946 chaque été plusieurs colonies de vacances, avait fermé définitivement ses portes et était mis en vente par ses propriétaires (paroisse Notre-Dame-des-Vallées à Colombes).

Le Conseil Municipal avait refusé le plan de fusion des communes établi par la Préfecture, pensant – en dehors de tout chauvinisme local – qu’une collectivité qui a la volonté de survivre n’a pas le droit, pour préparer l’avenir, de rompre la chaîne sentimentale qui la relie à son passé. La mise en vente du château semblait être le « fait nouveau » susceptible de donner une vocation à la commune. Mais laquelle ?

  • Un syndicat à vocation touristique avec les communes voisines, reliant Merlieux et Cessières (où existe déjà un centre d’étude botanique) par des sentiers de montagne : abandonné après plusieurs réunions.
  • Un atelier textile dans les locaux du château, avec le Comité d’Expansion de l’Aisne : échec, faute de moyens de communication.
  • Une zone résidentielle pour les ouvriers d’Anizy et de Pinon, via le syndicat d’expansion Anizy – Pinon – Brancourt – Urcel – Merlieux : à peine créé, le syndicat sombra dans un profond sommeil.

Alors que tout espoir semblait perdu, au cours d’une conversation avec Monsieur Fache, secrétaire de la Chambre d’Agriculture, et MM. Mathieu et Baudhoin du service d’aménagement rural, il fut décidé de proposer l’achat du château par l’Office départemental du tourisme. Monsieur Bruaux, directeur départemental du tourisme, en visite sur les lieux, s’intéressa au projet, obtint les fonds pour l’achat et sut intéresser le Conseil général et l’administration préfectorale. Monsieur Rouleau, secrétaire de la Préfecture, puis les préfets Dijout et Brunon vinrent successivement à Merlieux et à Cessières et promirent leur appui, ainsi que les professeurs Bournerias et Morand.

Les travaux ne sont pas terminés, mais l’année 1976 devrait voir le centre de Merlieux prendre sa vitesse de croisière. Les retombées pour la commune : un coup d’arrêt à la dépopulation, la création d’environ 12 emplois, des débouchés pour les cultivateurs (lait, œufs, légumes), une meilleure connaissance de la commune par les stagiaires et leurs familles, et la possibilité pour les habitants d’aménager des chambres pour les héberger.

Le « domaine » comprend le Château et la maison du Directeur, sur 3 ha 50. Des offres ont été faites pour l’achat du parc du bas (environ 4 ha de parc et d’étang) et de la maison de Madame Lyon, qui pourrait être aménagée en fermette expérimentale. Le démarrage est lent – la lenteur administrative est bien connue – et les dispositifs de sécurité, coûteux, ont retardé l’ouverture. Mais la décision du Conseil d’intéresser l’Office du Tourisme et le Conseil général au devenir du Château a été une initiative heureuse pour le développement de la Commune.


Associations et libres opinions

Association des Anciens Combattants et Victimes de guerre (Chaillevois, Chailvet, Merlieux, Urcel)

L’association a tenu son assemblée générale à la Mairie d’Urcel le 2 mai, sous la présidence de M. Fontaine, président départemental de l’U.F. Le président, Pierre Dartois, demanda une minute de silence à la mémoire des camarades décédés en 1975 et retraça la vie de l’association. Le trésorier Lefèvre présenta une situation financière approuvée à l’unanimité, grâce notamment au camarade Ebelmann, qui organisa le bal malgré le deuil qui venait de le frapper.

Plusieurs camarades nous ont quittés : Carré d’Urcel, Méjeau de Chaillevois, Blavignat de Merlieux. Les anciens combattants de 14-18 voient dangereusement leurs rangs s’éclaircir. Les camarades Dartois, Ebelmann et Charpentier ont également eu la douleur de perdre leur épouse.

La section est intervenue à Laon sur l’attribution de la carte du combattant aux anciens d’A.F.N., les réparations pour les victimes de guerre et de la déportation, l’augmentation des retraites et le rétablissement des cérémonies officielles du 8 Mai. Des résultats ont été obtenus : premières listes de cartes A.F.N., retraite augmentée pour ceux de 39-45. La section a été représentée à l’assemblée cantonale des A.P.G. à Brancourt ; le bal annuel du 11 Novembre a obtenu son succès habituel, surtout auprès des jeunes.

Rappelez-vous les années de guerre, repensez à ce que les uns et les autres avaient probablement dit face au danger : « Si j’ai la chance d’en sortir vivant, je serai moins bête, je saurai profiter de la vie. » Alors, aussi longtemps que vos forces le permettront, soyez des membres actifs de notre Section.

Pierre Dartois, président
Association de chasse de Lizy et Merlieux

Association de type « Amicale » (la formule de l’association de chasse agréée n’a pas été retenue en raison de contraintes imposées par la loi). Son territoire couvre environ 700 hectares sur Merlieux, Lizy et Montbavin. Elle est affiliée à la Fédération des chasseurs de l’Aisne, présidée par le comte de Berthoult ; son siège est à la mairie de Lizy et à la salle des fêtes de Merlieux. Elle regroupe une trentaine de chasseurs, dont 22 des communes de Merlieux et Lizy et 8 actionnaires du dehors.

Prix des actionsMontant
Membres domiciliés de plus de 62 ans150 F
Membres domiciliés de moins de 62 ans700 F
Résidents secondaires900 F
Actionnaires du dehors1 500 F

Conseil d’administration : Maziares (président), Charpentier (vice-président), Chaudoye (secrétaire-trésorier) ; membres : Renoult, Viot, Vaquet, Lamotte, R. Fouquart. Les tableaux de chasse des deux dernières années sont honorables : la totalité des autorisations de grand gibier a été utilisée.

Le parolier de chansons du Foyer Populaire

Au repas de Noël de l’année passée, chacun avait poussé la chansonnette entre la poire et le fromage, mais les paroles étaient parfois restées coincées dans les mémoires. Le Foyer a donc offert aux habitants un petit recueil de chansons, avec le pari de rassembler des textes assez vivants et chaleureux pour que chacun y trouve son compte : les vieux, les jeunes, les tiots, les nostalgiques du bal musette, ceux qui ont eu 16 ans à la Belle Époque, à Saint-Germain ou avec les yé-yé, bref ceux du jazz et ceux de la java.

L’introduction cite Frédéric Rossif et quelques vers de Charles Trenet, remercie tous ceux qui ont prêté cahiers, partitions, disques et livrets, et appelle à un second recueil.

Et si réapprendre à chanter ensemble c’est réapprendre à vivre ensemble, notre village est sur le bon chemin.

Marie-Françoise
Libre opinion : « Pourquoi nous voulons vivre en communauté » (Moulin Paris)

De nombreuses expériences semblables à celle du « Moulin Paris » existent en France et dans le monde, surtout dans des régions agricoles pauvres, plus éloignées de la société de consommation. Elles vont de la vie de groupe en autarcie complète jusqu’au collectif urbain, mais toutes se rejoignent dans l’expérimentation concrète d’une autre société. Depuis trois ans au Moulin Paris, les auteurs essaient de vivre quotidiennement le communisme :

  • Abolition de la propriété privée : la maison est la propriété sociale du groupe, par le biais d’une société civile immobilière sans but lucratif.
  • Égalité et co-responsabilité : chacun est responsable pour une part égale des dépenses de la maison, et toutes les décisions se prennent en réunion hebdomadaire.

Ils ont choisi de rester salariés (travailleurs sociaux, éducation, enfance inadaptée) et de participer à la vie militante ; le jardin et l’élevage sont des activités secondaires qui leur évitent de trop consommer de produits trafiqués. « Dans le village de Merlieux, grâce à la tranquillité du lieu et à la bienveillance d’une municipalité de gauche, nous avons trouvé l’endroit nécessaire pour un retour à la nature et une expérience de vie différente. » Ils évoquent leurs difficultés (résister au besoin de hiérarchie ou de propriété personnelle), leur projet de mise en commun des salaires, et proposent de poursuivre dans un prochain numéro sur la famille, l’éducation et la sexualité.


Fiches financières : les impôts de 1974 et 1975

Montants en anciens francs. Entre 1974 et 1975, le total général passe de 1 838 500 à 2 193 800, et la part de la commune de 38 % à 39 %.

Impôts de l’année 1974

NatureCote totaleCommuneDépartementAutre collectivitéBaseÉtat
Foncier bâti444 200157 500276 900–10 %11 800
Foncier non bâti779 300275 100483 600–38,220 600
Cote mobilière615 000217 400382 300–7,4116 300
Chambre d’agriculture–––122 2005,97–
A.S. Agricole–––122 2005,97–
Taxe régionale–––42 900*––
Patente000000
Total général1 838 500650 0001 185 700244 400–48 700
Répartition–38 %62 %–––
* Montant ajouté à la main sur le document original.

Impôts de l’année 1975

NatureCote totaleCommuneDépartementAutre collectivitéBaseÉtat
Foncier bâti533 900194 700374 600–12,20 %0
Foncier non bâti921 400336 000560 000–45,40 %0
Cote mobilière738 500269 300449 000–9,29 %0
Chambre d’agriculture–––140 7006,92 %–
A.S. Agricole–––121 5005,97–
Taxe régionale–––75 700––
Patente000000
Total général2 193 800800 0001 333 800337 900–0
Répartition–39 %61 %–––

Dernière heure…

Le numéro 2 de notre bulletin paraît avec un certain retard, dû aux difficultés rencontrées pour l’impression ; beaucoup de rubriques ont donc perdu une partie de leur actualité. Nous vous demandons votre indulgence, car il s’agit d’un travail d’amateur. Nous regrettons aussi que peu de « journalistes » amateurs se soient intéressés à la rubrique « libres opinions » : nous avons pourtant, les uns et les autres, beaucoup de choses à dire, de souvenirs à évoquer et de projets à faire connaître.

Flash…

  • Plusieurs familles sont venues habiter Merlieux : MM. Corcy, Villain, Parisot, Touboulic, Dufour.
  • Henri Besnard et Célestin Blavignat nous ont quittés ; anciens combattants de 1914-1918, ils étaient les derniers participants de notre commune à cette grande tuerie.
  • L’aménagement du C.P.I.E. est terminé : les stagiaires vont bientôt venir faire connaissance avec Merlieux.
  • La captation de la nouvelle source est en cours.
  • Le renforcement du dernier tronçon du réseau électrique (Château – Champ des Cannes) sera réalisé en 1977.
  • Des poteaux d’incendie seront posés avant la fin de l’année, et l’aménagement du square de l’ancien lavoir sera probablement terminé.
  • Le Conseil d’administration du Foyer a demandé la dissolution de la société.
  • Voirie : des panneaux limitant le poids en charge à 8 tonnes vont être posés pour protéger les chemins et le mur du cimetière des lourds transports de betteraves et de matériaux.
  • Un syndicat à vocation touristique pour le canton d’Anizy-le-Château a été créé à l’initiative de M. Demetz, maire de Bourguignon.
  • Le réseau d’évacuation des eaux usées n°2 va être prolongé (chemin de Fouquerolles).

🔎 Pour aller plus loin

Les personnes citées. Elles sont réunies, avec leurs familles et les liens de parenté retrouvés, dans la page Les noms du village.

Le lavoir photographié dans ce bulletin a été aménagé peu après en square : le square Gérard-Philipe a été inauguré le 25 juin 1978. C’est aussi derrière ce lavoir qu’avait été ouvert le cimetière provisoire de 1917 évoqué plus haut.

Le C.P.I.E., dont ce numéro raconte l’installation au château, existe toujours sous le nom de CPIE des Pays de l’Aisne. L’association signale dans son parc des thuyas géants, vestiges du parc du château antérieurs à 1914.

Dans le livre de Roland Durand. Ce numéro est repris dans Merlieux – Notre Commune (1980). Le livre y donne une liste augmentée des lieux-dits (la Grenouillerie, les Montignons, le Tiolet, le Champ Druant, le Larris, la Gloette, la Saleuze, les Écornets…) et complète le récit de l’occupation de 1914-1918 par les souvenirs des anciens du village.

Sources : Les lavoirs de l’Aisne ; CPIE de l’Aisne.


Le bulletin original

Retrouvez le bulletin complet, numérisé, ci-dessous.

Source : « Notre Tribune », bulletin municipal de Merlieux, numéro 2, vers 1976.


Vos souvenirs

Vous avez connu les personnes ou les lieux évoqués dans ce bulletin ? Vous gardez un souvenir, une photo ou une anecdote de cette époque, ou vous avez repéré une erreur dans la retranscription ? Partagez-le ici : vos commentaires aident à compléter l’histoire du village.

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