Histoire de Merlieux

Des moines qui, selon la tradition, s’installèrent à Fouquerolles au VIIe siècle, aux bénévoles qui ont bâti leur foyer rural dans les années 1970, l’histoire de Merlieux et de Fouquerolles est longue. Village de vignerons dans un vallon du Laonnois, il a été plusieurs fois pillé et incendié, presque entièrement détruit en 1917, et chaque fois reconstruit. Cette rubrique rassemble ce que nous apprennent les anciens bulletins communaux, les livres d’histoire locale et les archives.

Dans cette rubrique

Notre Tribune

Merliu, « le lieu où chantent les merles ».

Le nom du village dans une charte de 1151, et le sens que lui donne la tradition locale

D’où vient le nom ? Les chartes du Moyen Âge écrivent Merli (1151 ; Merliu chez de Sars), Melliu (1219), Monasterium de Merliu (1241), Merlieu (1389), Mellieu (1413) ; liu est la forme picarde de « lieu ». Les formes latines Merilocus et Meriliaco sont données par Cuvillier en 1846, sans date ni référence ; elles n’apparaissent pas dans les chartes relevées par Matton. Les bulletins et le livre de Roland Durand y lisent « le lieu où chantent les merles », puis « le pays du bon vin ». Le premier sens colle bien au nom ancien ; le second rappelle que Merlieux fut longtemps un village de vignerons, mais on ne sait pas d’où il vient. Aucun des deux n’est prouvé : ce sont des interprétations, pas des faits établis (formes anciennes : A. Matton, Dictionnaire topographique de l’Aisne, 1871, consultable aussi sur DicoTopo).

Quelques repères

665Selon la tradition, Robert de Pargny, moine de Barisis, fonde le prieuré Saint-Paul à Fouquerolles (le livre de R. Durand donne aussi 680)
1114Thomas de Marle pille et incendie le village et le prieuré
1151Plus ancienne mention datée du nom : l’évêque de Laon confirme à l’abbaye de Prémontré la « cour de Merliu » (Les Vendangeoirs du Laonnois)
1177Les paysans de la commune du Laonnois sont écrasés près du moulin de Comportet
1178Fondation de l’église Sainte-Geneviève, consacrée en 1189 (1168 selon d’autres sources, voir plus bas)
1213Charte établissant la commune de Merlieux
1285Richard de Montarcène fonde le château
1302La foudre détruit le prieuré de Fouquerolles
1434Merlieux pillé ; des habitants massacrés au lieu-dit depuis « les Échafauds »
1789La paroisse compte 67 feux et 248 habitants, presque tous vignerons
1801La commune de Fouquerolles, créée à la Révolution, est rattachée à Merlieux, qui devient Merlieux-et-Fouquerolles
1840Louis-Philippe autorise l’achat de la maison d’école
1862La châtelaine, Mme Le Carlier, donne l’ancien lavoir à la commune
1917Évacuation des habitants ; le village, le château et l’école sont détruits
1920Le 17 octobre, Merlieux, classé « village détruit », reçoit la Croix de guerre 1914-1918
1927Captage de la source de la Saleuse : bornes-fontaines dans chaque quartier
1944Le 27 août, les chars américains libèrent Merlieux sans combat (Notre Commune)
1971Le château devient la Maison de l’Aisne, siège du C.P.I.E.
1972Construction du monument aux morts
1973Fondation de la communauté du Moulin de Paris
1978L’ancien lavoir devient le square Gérard-Philipe (inauguré le 25 juin)
1983Daniel Corcy succède à Roland Durand, maire depuis 1945
1986Programme « Pour habiter interactif » : salle polyvalente, logements locatifs, centre de télétravail
1993Première Fête du livre
2000Merlieux est inauguré Village du livre, le 30 septembre

Les origines : le prieuré de Fouquerolles

C’est sans doute à Fouquerolles que le village est né ; les bulletins traduisent son nom latin, Fulcrolus, par « le lieu où poussent les fougères ». Selon la tradition que rapportent Cuvillier en 1846 puis les bulletins, des moines bénédictins venus de Barisis s’installent en 665 dans ce lieu boisé et inhospitalier, défrichent la forêt et élèvent une chapelle dédiée à saint Paul. Le prieuré accueille la sépulture d’un évêque de Laon en 741, est incendié par les Normands en 883, ravagé par Thomas de Marle en 1114, reconstruit, puis anéanti par la foudre en 1302. Selon le bulletin, Fouquerolles devient alors un hameau de Merlieux (Notre Tribune n°3). Elle forme pourtant encore une commune distincte à la Révolution, et n’est rattachée à Merlieux qu’en 1801 : la commune prend alors le nom de Merlieux-et-Fouquerolles (Wikipédia, d’après la base Cassini de l’EHESS).

Le Moyen Âge : une liberté chèrement payée

L’église Sainte-Geneviève est fondée en 1178 par l’évêque Roger de Rozoy et le prieur de Fouquerolles, Jean III Gary. Le n°1 et le livre de Roland Durand donnent 1168, mais Roger de Rozoy n’est devenu évêque qu’après 1174 : la date de 1178, donnée par Cuvillier et les fiches patrimoine de la commune, est la plus vraisemblable. Ses deux chapelles abritaient les sépultures des seigneurs de Fouquerolles et de Valavergny. À la même époque, les paysans des dix-sept villages de l’évêque de Laon forment la commune du Laonnois, avec Anizy pour centre, et obtiennent en 1174 une charte du roi Louis VII. Trois ans plus tard, le 14 mars 1177, l’armée de l’évêque les écrase au bord de l’Ailette, près du moulin de Comportet (Notre Tribune n°4). Aujourd’hui, la rue principale de Merlieux porte le nom de rue des Victimes de Comportet en leur mémoire (voir La bataille du moulin de Comportet).

Merlieux obtient pourtant sa charte communale en 1213, et le château est fondé en 1285. Mais les guerres reviennent : en 1339, des Anglais brûlent l’église ; en 1434, les troupes de Luxembourg pillent le village et livrent les châteaux aux flammes, et une partie des habitants est massacrée derrière l’actuelle école, au lieu-dit qu’on appelle depuis les Échafauds ; en 1567, des calvinistes incendient l’église et tuent le maire et le curé.

Un village de vignerons

Pendant des siècles, Merlieux vit de la vigne : 25 hectares en 1760, des tonneliers, des distillateurs, des vendangeurs. Les grandes maisons du Laonnois y possèdent leurs vendangeoirs, de l’abbaye de Prémontré aux Blois de la Suze, jusqu’à celui qui deviendra le château (Les Vendangeoirs du Laonnois). En 1788, la paroisse compte quatre « privilégiés des tailles », dont le seigneur Dennet, prévôt du Laonnois, et M. Bailly, secrétaire du Roi, mais aussi trois ménages très pauvres ; au printemps 1789, les trois quarts des habitants n’ont plus de quoi tenir jusqu’à la moisson.

Le XIXe siècle : école, fontaine et lavoir

La population atteint 331 habitants en 1836. En 1840, une ordonnance de Louis-Philippe autorise la commune à acheter une maison pour y installer l’école, en vendant près de neuf hectares de terrains communaux. Viennent ensuite la fontaine communale de 1861, où l’on remonte l’eau par une chaîne à deux seaux, et, en 1862, le don de l’ancien lavoir par la châtelaine, Mme Le Carlier.

On fabrique l’huile de colza et d’œillette dans les tordoirs Fouquart et Rivage, les moulins tournent au Caquet, à Taniel et à Cléry, et chaque année les familles du château et la municipalité couronnent une rosière, une coutume qui disparaîtra avec la guerre (Notre Tribune n°4 bis).

C’est à Merlieux qu’est né, le 3 mai 1800, Charles-François Bailly de Merlieux (1800-1862) : avocat devenu vulgarisateur scientifique, il dirige la Maison rustique du XIXe siècle, une encyclopédie d’agriculture pratique, et fonde plusieurs journaux agricoles. Il est l’arrière-petit-fils du M. Bailly, secrétaire du Roi, cité en 1788 (voir Les noms du village).

1914-1918 : l’occupation et la destruction

Dès 1914, Merlieux est occupé : la Kommandantur s’installe au château et les hommes valides sont déportés en Allemagne (Notre Tribune n°2). Le 16 avril 1917, à l’aube et dans la tempête de neige, les derniers habitants sont évacués vers Barenton-Bugny. Les combats du Chemin des Dames détruisent presque tout : le château, l’école, les ateliers, les moulins, et 25 maisons qui ne seront jamais reconstruites. Le maréchal-ferrant Lucien Douche meurt en 1918 des mauvais traitements subis. D’après le n°4 bis, c’est un enfant du village, Charles Léon Dumay, qui est le premier soldat français à entrer dans Laon libéré, le 13 octobre 1918 ; le livre de Roland Durand donne le prénom de Paul, celui de son frère aîné.

Reconstruire

À leur retour en 1919, les habitants trouvent un village en ruines, des terres couvertes de barbelés et de trous d’obus. Classé « village détruit » sur la carte des régions dévastées, Merlieux reçoit la Croix de guerre 1914-1918 le 17 octobre 1920 (Journal officiel du 21 octobre 1920). Les dommages de guerre financent la reconstruction des maisons et des cloches de l’église ; en 1927, l’eau arrive de la source de la Saleuse ; le château, rebâti à partir de 1925, accueille des colonies de vacances. La population continue pourtant de baisser : 203 habitants en 1911, 165 en 1945, 125 en 1978.

Les années 1970 : le Foyer, le C.P.I.E. et le square

Sous l’impulsion de Roland Durand, maire de 1945 à 1983, le Conseil refuse la fusion des communes et cherche une nouvelle vocation au village. En 1971, le château devient la Maison de l’Aisne, siège du C.P.I.E. ; des bénévoles construisent eux-mêmes la salle du Foyer rural ; une nouvelle source est captée ; le lavoir devient en 1978 le square Gérard-Philipe. C’est aussi l’époque du bulletin Notre Tribune, où se lisent les débats parfois vifs du village – les élections de 1977, la communauté anarchiste du Moulin de Paris, fondée en 1973 autour de Dominique Lestrat, l’association « Confiture » – et dont les numéros sont repris ci-dessous.

Depuis 1980 : le village du livre

En 1983, Daniel Corcy succède à Roland Durand. Le village n’a plus ni école ni commerce, et ses jeunes le quittent après leurs études. À partir de 1986, la commune entre dans le programme « Pour habiter interactif » du ministère de l’Équipement : autour d’une nouvelle place sont construits une salle polyvalente, douze logements locatifs, un centre de télétravail et un atelier communal, avec l’aide de l’État, de la Région, du Département et de la Caisse d’allocations familiales. Cinquante-six bénévoles restaurent l’école, qui compte deux classes en 1992 et sert d’école d’application pour les instituteurs en milieu rural (Le Monde, 5 avril 1992).

En 1993 a lieu la première Fête du livre, avec les écrivains Yves Gibeau, Yves Couraud et Philippe Lacoche ; Régine Deforges en devient ensuite la marraine. Le 30 septembre 2000, Merlieux est inauguré Village du livre (FranceArchives). Pendant la fête, le prix Yves-Gibeau, décerné par un jury de collégiens et de lycéens, récompense une œuvre d’un auteur contemporain parue en poche.

Quant au château, devenu en 1971 la Maison de l’Aisne et le siège du C.P.I.E., son site accueille aujourd’hui un pôle Environnement où se côtoient le C.P.I.E., Géodomia (centre de ressources environnementales du Département), le Conservatoire d’espaces naturels et l’ONF.


Les archives : « Notre Tribune »

Dans les années 1970, le Conseil Municipal a publié un bulletin, Notre Tribune, ouvert à tous les habitants. On y trouve l’histoire du village, mais aussi la vie de la commune au jour le jour. Nous les remettons en ligne, retranscrits et accompagnés du document original numérisé.

Numéro 1 · vers 1974

Notre Tribune, N°1

Le premier bulletin : administration communale, territoire, histoire des châteaux et de l’église, démographie, liste des maires depuis 1790.

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Numéro 2 · vers 1976

Notre Tribune, N°2

Le territoire et ses lieux-dits, la vie du village, les travaux du Conseil, la naissance du C.P.I.E. au château, et le récit de la vie des habitants sous l’occupation de 1914-1918.

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Numéro 3 · juin 1977

Notre Tribune, N°3

Le nouveau Conseil élu en mars 1977, la construction du foyer rural par les bénévoles, le Chemin des Dames soixante ans après, l’histoire du hameau de Fouquerolles et un dossier spécial élection.

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Numéro 4 · 1978

Notre Tribune, N°4

L’inauguration du square Gérard-Philipe, le registre de 1788-1789, le lieudit Cléry, la commune du Laonnois au Moyen Âge, les associations et de nombreuses libres opinions.

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Numéro 4 bis · vers 1979

Notre Tribune, N°4 bis

Un numéro de mémoire : un habitant dans la guerre de 14-18, sorts et rosières d’autrefois, et une série de dessins à la plume des métiers et lieux disparus (tordoirs, forge, vannerie, fontaine, château…).

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Le livre : « Merlieux – Notre Commune »

En 1980, les numéros de Notre Tribune étant épuisés, Roland Durand en a réuni l’essentiel dans un livre, enrichi de nombreuses pages inédites. Nous en publions un résumé de ce qui n’était pas déjà dans les bulletins, avec le livre complet numérisé.

Dessin à la plume du bâtiment du Foyer populaire rural de Merlieux, au bord d'une rue bordée d'arbres et de maisons, signé L.R.

Livre · Roland Durand · 1980

Merlieux – Notre Commune

Le recueil de 1980 qui reprend les bulletins Notre Tribune et y ajoute le cahier de doléances de 1789, les souvenirs des anciens, la Seconde Guerre mondiale, le monument aux morts et l’histoire de l’agriculture du village.

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Dossiers d’histoire

Des pages thématiques qui croisent les bulletins, les livres et les sources disponibles pour approfondir un épisode de l’histoire du village.

Moyen Âge · 14 mars 1177

La bataille du moulin de Comportet

Les paysans de la commune du Laonnois, dont ceux de Merlieux et Fouquerolles, écrasés par l’armée de l’évêque de Laon. La rue principale du village s’appelle aujourd’hui rue des Victimes de Comportet.

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Photos aériennes · 1938-2018

Merlieux vu du ciel

Vingt photographies aériennes de l’IGN, superposées pour comparer le village d’une époque à l’autre : choisissez deux dates, faites glisser le rideau et zoomez sur les maisons, les vergers et les chemins.

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Personnes · VIIe siècle – aujourd’hui

Les noms du village

Seigneurs, moines, vignerons, maires, soldats, rosières : toutes les personnes citées dans la rubrique, les vieilles familles du village et les liens de parenté retrouvés entre elles.

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Les monuments

Le patrimoine bâti du village, monument par monument : ce que l’on sait de son histoire, d’après les bulletins, les livres et les archives. Outre l’église Sainte-Geneviève et le square, le village conserve son monument aux morts devant l’église, une plaque aux morts sur la mairie et un calvaire au chemin du Caquet.

Photographie de l'ancien lavoir de Merlieux devenu square Gérard-Philipe : façade claire à quatre arcades sous un fronton, devant une allée et des massifs

Patrimoine · 1862-1978

Le square Gérard-Philipe

L’ancien lavoir offert par la châtelaine en 1862, où les lavandières du village ont battu le linge jusqu’en 1927, sauvé de la ruine par les habitants et inauguré en square le 25 juin 1978.

Découvrir son histoire →

Merlieux dans les livres

Des ouvrages d’histoire locale évoquent aussi Merlieux. Nous en publions les extraits, retranscrits intégralement, accompagnés d’une version en français moderne et des pages numérisées.

Couverture rose du livre « Les Vendangeoirs du Laonnois » par le comte Maxime de Sars, Société historique de Haute-Picardie, ornée d'angelots vendangeurs et d'un cartouche « Laudunum, vulgo Laon en Picardie »

Extrait de livre · Maxime de Sars

Les Vendangeoirs du Laonnois

Les maisons où l’on faisait le vin à Merlieux, Valavergny et Fouquerolles, et les familles qui les ont possédées du XIIe au XXe siècle : la maison de Prémontré, le vendangeoir des Blois de la Suze, le futur château… Avec un dessin du village en 1807.

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Vous possédez d’anciens bulletins, photos ou documents sur Merlieux ? N’hésitez pas à nous contacter pour enrichir ces archives.