Merlieux – Notre Commune (Roland Durand, 1980)

ℹ️ À propos de cette page – Le texte ci-dessous est une retranscription résumée du livre de Roland Durand, Merlieux – Notre Commune (1980). Une grande partie du livre reprend les bulletins Notre Tribune, déjà publiés sur ce site : nous ne résumons ici que ce qui est nouveau, et renvoyons vers les bulletins pour le reste. Le livre original, numérisé, est consultable et téléchargeable en fin d’article.

Livre · Roland Durand · 1980

En 1980, les numéros de Notre Tribune étant épuisés, Roland Durand, maire de Merlieux depuis 1945, en rassemble l’essentiel dans un recueil de 162 pages édité par le Foyer populaire rural : « Merlieux – Notre Commune ». Il y ajoute des pages inédites : les fiefs de Monthiemont et de Luzilly, le cahier de doléances de 1789, les délibérations du conseil depuis 1905, les souvenirs des anciens, la Seconde Guerre mondiale, le monument aux morts et l’histoire de l’agriculture du village.

Ce que le livre ajoute

1789

Le cahier de doléances des habitants

1920

La commune reçoit la croix de guerre

1944

Les chars américains à Merlieux, le 27 août

14 → 4

Cultivateurs en 1914 et en 1980


Une reprise des « Notre Tribune »

Roland Durand l’écrit lui-même dans son éditorial : dans les précédents numéros de Notre Tribune, « l’histoire de Merlieux a été décrite d’une manière assez complète » ; les éditions du bulletin étant épuisées, il lui a paru souhaitable « qu’une vue d’ensemble puisse être réalisée, permettant ainsi aux nouveaux habitants de Merlieux de faire connaissance avec leur cité d’adoption ». Le livre reprend donc, souvent mot pour mot, une grande partie des bulletins :

  • l’origine du nom, les faits historiques de 665 à 1841, les seigneurs, les prieurs de Fouquerolles, l’église et les maires : voir Notre Tribune n°1 ;
  • les lieux-dits (ici dans une liste un peu augmentée), la vie des habitants sous l’occupation de 1914-1918 et le C.P.I.E. : voir le n°2 ;
  • le hameau de Fouquerolles, le Chemin des Dames et la construction du Foyer rural : voir le n°3 ;
  • le registre de 1788-1789, le hameau de Cléry, la commune du Laonnois, le square Gérard-Philipe et la ferme pour enfants : voir le n°4 ;
  • Paul Doumer, les rosières, les métiers d’autrefois et les naissances, mariages et décès depuis 1800 : voir le n°4 bis.

Le livre contient aussi un long texte d’historien, non signé, sur la commune du Laonnois et la bataille de 1177 : il est résumé dans notre dossier La bataille du moulin de Comportet.


Un livre engagé

Le recueil s’ouvre sur un avertissement : c’est « un héritier des serfs, comme vous tous femmes et hommes de Merlieux », qui remet aux habitants « ce modeste recueil d’histoire locale et de pensées partisanes ». Le ton, comme celui des bulletins, est très militant : le livre est dédié « à tous les pionniers qui, de l’an 665 à nos jours, ont fait Merlieux », en sept dédicaces – aux moines qui, fuyant la tyrannie de leur supérieur, trouvèrent à Fouquerolles « les premiers bienfaits de la liberté » ; aux serfs bâtisseurs de châteaux et de cathédrales ; aux victimes des Échafauds en 1434 et du moulin de Comporté ; à ceux qui, en 1795, enlevèrent la mairie au dernier seigneur de Valavergny ; aux « héros des barricades de 1830, de 1848 et de la Commune de Paris » ; et à ceux qui, depuis un demi-siècle, ont « façonné, fignolé et défendu » la communauté.

Le livre mêle ainsi documents d’archives, souvenirs, discours du maire, poèmes et textes politiques. Les faits rapportés ici sont à lire en gardant ce point de vue à l’esprit.


Les fiefs de Monthiemont et de Luzilly

Deux études très détaillées, appuyées sur les actes de foi et hommage et les dénombrements (leur auteur n’est pas nommé), complètent ce que les bulletins disaient de ces seigneuries.

Monthiemont, à Valavergny

Le fief se composait d’une maison seigneuriale bâtie sur un mamelon, de vignes et de terres, soit environ 10 hectares 95. La maison, qui comptait autrefois « un grand corps de logis avec colombier, grange et bâtiments », fut incendiée en avril 1739 ; il en reste le souvenir dans le lieu-dit Montignon, sur la gauche du chemin de Merlieux à Valavergny. Le premier seigneur connu, Gobert de Monthiemont, présente son dénombrement en 1341. Suivent notamment Jehanne de Monthiemont et son mari Jean le Vaulnis, Gobert le Gouge, Jean de Craon, puis Jean de Hanon, mort en 1594 à 71 ans et inhumé dans le chœur de l’église de Merlieux avec sa femme, les Furnay, les Malortie (Claude de Malortie, lieutenant du roi à Laon, réunit le fief entier en 1639), les de Blois, Desprez, Havart, Belache, Jean-Claude Bailly (mort en 1798, dont la tombe est au cimetière), Breheret de Montalard, bâtisseur du château de Lizy, et enfin la famille Denis de Senneville, dont un colonel tué à Magenta en 1859.

Luzilly, entre Merlieux et Faucoucourt

La seigneurie de Luzilly appartenait déjà à l’abbaye de Nogent-sous-Coucy lorsque, le 24 février 1362, Étienne de Besançon, chanoine de Laon et neveu de l’évêque Hugues d’Arcy, donna aux moines tout ce qu’il y possédait – maisons, pressoirs, vignes, bois et prés – en échange de prières. Ce don fonda une petite prévôté, dont on connaît les titulaires de 1529 à 1639. Le fief de Luzilly (environ 30 hectares) passa ensuite aux Malortie puis à d’autres familles, et le livre suit ses propriétaires jusqu’en 1979. Il nuance ainsi le n°1, qui datait la fondation de Luzilly de 1235.


1789 : Merlieux aux États généraux

Le livre retranscrit le procès-verbal de l’assemblée des habitants réunie en 1789, « en la chambre ordinaire des assemblées chez M. Desprez, syndic de la municipalité », devant Jean-Pierre Suin, prévôt de la justice de Lizy. La paroisse compte alors 63 feux. Une cinquantaine d’habitants « âgés de vingt-cinq ans, compris dans les rôles d’impositions » y sont nommés – Demottier, Blique, Lacroix, Daudigny, Charpentier, Fouquart, Carlier, Dhuez, Désirot… – et élisent comme députés Louis Maugras et François Béguin, chargés de porter le cahier à l’assemblée de Laon le 9 mars.

Le cahier de doléances, délibéré le 5 mars 1789, tient en deux plaintes :

« Les impôts en tous genres sont exorbitants pour leur paroisse, eu égard à ce que les nobles et les privilégiés possèdent presque la totalité des biens du terroir […]. Pourquoi ils demandent que le clergé et les ecclésiastiques, les communautés séculières et régulières, les nobles, les privilégiés qui possèdent les plus grands biens du royaume soient tenus de contribuer aux subsides comme le tiers état. »

Cahier des plaintes, doléances et remontrances des habitants de Merlieux, 5 mars 1789

Les habitants demandent aussi la réparation des chemins du village et des environs, « absolument mauvais à cause des montagnes, collines et ravins », qu’ils n’ont pas les moyens de payer eux-mêmes. Le livre publie également un tableau du calendrier républicain.


Familles, population et métiers

Les familles anciennes

« L’histoire locale ne mentionne que les noms de seigneurs féodaux ou des dignitaires de l’Église » : le livre dresse donc la liste d’une trentaine de familles du peuple dont on retrouve encore des descendants, avec la date de leur première mention. Parmi les plus anciennes : Dessaint (1462), Lacourt (1501), Charpentier (1511), Legros (1611), Carlier (1651), Fouquart (1738), Durand (1787), puis Daudigny, Dhuez, Lion, Lanthony, Bedin, Poindron, Leroux… Il donne aussi la liste nominative des habitants en 1979.

La population depuis 1800

AnnéeHabitantsAnnéeHabitants
18002791921139
18182931926178
18363311932156
18562931938139
18672911947170
18732691954166
18772681962155
18822521968127
18872661975133
19122031979150 (comptage)
Population de Merlieux-et-Fouquerolles d’après les recensements cités par le livre.

La chute la plus forte a lieu entre 1912 et 1921 : vingt-cinq maisons détruites par les bombardements ne furent jamais reconstruites, les dommages de guerre ayant été vendus ou réemployés dans les villes voisines. Mais pour l’auteur, la cause profonde est l’industrialisation : la ligne de chemin de fer Laon-Hirson, le canal de l’Aisne à l’Oise, la sucrerie de Pinon, l’usine d’alun et de sulfate de fer de Chailvet, les scieries, les verreries et l’asile de Prémontré attirent les bras. En 1979, l’école est fermée et la moitié des habitants a plus de 65 ans.

Les métiers d’autrefois

Le livre complète la liste des meuniers des bulletins (moulins du Glacy, de Cléry, du Caquet, de Paris, de Taniel et de Luzilly ; deux moulins à vent ; un vivier à poissons sur l’Ailette) et évoque d’autres activités : la tuilerie (maison Gasser), qui fabriquait tuiles, carrelage hexagonal, briques de four et tuyaux de drainage, et même des encriers retrouvés sur place ; les carrières de pierre, exploitées jusqu’en 1937, dont les matériaux servirent en 1946 à refaire la rue principale ; le vacher communal, le père « Madère », qui menait chaque matin toutes les vaches du village au pâturage et appelait les habitants avec une immense trompe ; les moissonneurs à la faux qui suivaient la maturité des récoltes, de Sissonne à la Seine-et-Marne ; mais aussi bergers, jardiniers, ramasseurs de salpêtre, tailleurs d’habits et couvreurs en paille.


Le conseil municipal de 1905 à 1979

Le livre publie la composition des conseils municipaux de 1904 à 1977, avec la profession de chaque élu, et une sélection de délibérations qui racontent un siècle de vie communale :

  • 1905-1909 – sous la présidence du maire E. Carlier : 100 francs votés pour le logement du curé de Lizy après la loi de 1905 ; rôle des bestiaux du vacher communal (22 articles, 208 francs) ; 25 indigents admis à l’assistance médicale gratuite ; subvention aux sapeurs-pompiers ; agrandissement de l’école (1907) ; achat d’une pompe pour la place (1909).
  • 1912-1915 – première demande de distribution d’électricité ; pendant l’occupation, ravitaillement par le comité américain For Relief in Belgium (farine à 190 grammes par personne).
  • 1922-1931 – concession électrique, adhésion à la coopérative de reconstruction des bâtiments communaux ; en 1924, les puits étant pollués ou détruits par la guerre, décision d’utiliser l’eau de la Saleuze, et don de 300 francs de la Tunisie pour la reconstruction ; emprunt de 10 450 francs à 7 % auprès des habitants pour le réseau électrique (1925) ; cabine téléphonique ; achat de cloches pour remplacer celles enlevées par les Allemands en 1915 (1929) ; pain distribué aux indigents (1931).
  • 1939-1961 – électrification de la ferme du Caquet ; en 1946, des prisonniers de guerre allemands réparent le mur de l’école et les chemins, et peuvent être loués aux cultivateurs ; réfection des ponts de Fouquerolles et de Montbavin abîmés par les blindés allemands ; achat d’un baraquement pour le Foyer rural ; nouvelle salle des fêtes décidée en 1961.

Une chronologie résume les étapes suivantes : évacuation vers la Mayenne en 1940, Foyer rural inauguré en 1948, électrification des Pâtures, salle des fêtes inaugurée en 1965, fermeture de l’école en 1967, achat du château par l’Office du tourisme de l’Aisne en 1971, construction du monument aux morts en 1972, nouvelle source et réserve de 150 m³ en 1976, achat de terrains pour un lotissement en 1978. Le livre reproduit aussi le discours d’inauguration du Foyer rural en mai 1948, le compte rendu du conseil du 20 octobre 1979, les comptes de 1978 et les impôts locaux de 1980.

Dans un entretien, « Quoi de neuf, Monsieur le Maire ? », Roland Durand décrit une commune de 130 habitants (dont 32 de plus de 65 ans) et 57 maisons dispersées sur 577 hectares, de Faucoucourt à Vaudesson, ce qui impose des réseaux d’eau, d’électricité et de voirie « d’une longueur invraisemblable ». Il espère que le C.P.I.E. et la base de loisirs de la SITRACO attireront de nouveaux habitants, sans lotissement qui abîmerait le village : « notre commune a pris naissance en l’an 700 avec de pareilles racines, il serait surprenant qu’elle ne puisse surmonter des difficultés ponctuelles et garder son indépendance ».


« Des voix au crépuscule » : les souvenirs des anciens

« Les vilains, les Jacquou le Croquant, les serfs […], il n’en est jamais question » : pour donner la parole à « ceux que l’on n’a pas encore entendus », Roland Durand interroge cinq anciens nés au début du siècle.

  • Georgette Gasser, née aux Pâtures le 9 février 1904. Son père, manouvrier à l’usine de sulfate de fer de Chailvet, charron et menuisier, fut condamné à mort en 1914-1918 par le conseil de guerre allemand d’Urcel et envoyé dans un camp de représailles, d’où il revint. Elle raconte le hameau des Pâtures, du Glacy et de Cléry, coupé en deux par la voie ferrée vers 1860, le père Grimaux et son taureau « Papillon », la mère Nini et sa hotte, la tuilerie et l’atelier d’équarrissage de sa famille, et les quatre trajets quotidiens à l’école en sabots.
  • Robert Fouquart, né le 3 octobre 1912, d’une famille présente depuis 1738, dont le père, cultivateur et propriétaire d’un tordoir à huile, fut plusieurs fois maire. Mécanicien, conseiller municipal dès 1944 puis adjoint, opérateur du Foyer rural, il se dit étonné de voir disparue « cette magnifique camaraderie » qui avait permis tant de réalisations.
  • Adonis Poindron, né le 28 septembre 1907 à Montempène (l’actuelle base de loisirs). Son père Abel mourut au camp de Holzminden ; sa mère ayant été arrêtée, il se retrouve seul à 8 ans, recueilli par la famille Huttin, puis évacué en Belgique et rapatrié par la Suisse. Pupille de la Nation, il revient en 1930 et devient cultivateur. Il se souvient des fêtes : le réveil des conseillers au clairon le 1er janvier, le bal de la Sainte-Geneviève, le 14 juillet avec le tonneau de rouge sur la place, la Saint-Éloi, la Sainte-Barbe des pompiers et le tir à l’oie de la fête communale.
  • Germaine Leroux, née le 28 mars 1904, qui vivait face au parc Matton, près du lavoir où « se faisaient ou se défaisaient les mariages ». Évacuée en 1917, elle est astreinte au travail forcé dans les champs entre Barenton et Voyenne, puis libérée à Laon ; elle travaille ensuite 31 ans dans une usine parisienne d’isolants électriques avant de revenir au village.
  • Albertine Dessaint, la doyenne, d’une famille citée dès 1462. Fille des débitants-épiciers du village, elle décrit les achats au détail (dix sous de tabac, un demi-litre d’huile), la « goutte » bue en partant au travail, les parties de cartes et de billard, les élections où certains candidats distribuaient beurre, goutte ou bons de viande avec les bulletins, et les musiciens des bals : le père Michel et son accordéon, Dudon de Pinon au saxophone, Némé de Clacy au piston, Nattier d’Urcel à la clarinette. La compagnie de pompiers était commandée par son père, Albert Dessaint.

Tous font le même constat : la vie est devenue plus facile, mais « ces bons rapports entre voisins » ont disparu. Roland Durand termine par sa propre histoire : né à Valavergny le 8 avril 1905, dans l’ancien château acheté lors du partage du domaine par son arrière-grand-père Antoine Carlier pour 9 000 francs, fils d’un petit cultivateur mort dans un camp allemand en 1917, évacué puis surnommé « Boche du Nord » en région parisienne, il découvre le socialisme dans une œuvre pour pupilles de la Nation dont le directeur mourra à Auschwitz. Commis de ferme en 1921 pour 50 francs par mois, cultivateur à son compte en 1929, il est élu au conseil municipal en 1934.


Les guerres et le monument aux morts

La croix de guerre

« Merlieux et Fouquerolles, située en 1917 à proximité de la ligne de bataille, a été complètement détruite par de violents bombardements. A fait preuve au cours de l’occupation allemande de la plus belle énergie morale, en dépit des misères et vexations qu’elle a eu à supporter. »

Citation à l’ordre de l’armée, Journal officiel du 21 août 1920 (attribution de la croix de guerre)

Le 11 novembre 1918 et le monument aux morts

Le livre rappelle où se trouvaient les habitants à l’armistice : une partie déportée en Belgique, à Gembloux ; d’autres évacués le 16 avril 1917 vers Barenton-Bugny, puis séparés en 1918, les plus âgés et les enfants libérés à Laon en octobre, les plus jeunes emmenés par l’armée allemande en retraite et libérés vers Vervins et La Capelle. En 1916 déjà, le commandant allemand avait obligé le maire Carlier à faire sonner les cloches toute une soirée pour célébrer la prise de Douaumont.

Le monument aux morts, construit en 1972, est voulu par les plus jeunes conseillers municipaux, pour que « les noms des martyrs issus de leur classe sociale ne soient pas oubliés ». Il ne porte pas les formules habituelles (« morts pour la France »), mais rappelle simplement qu’ils sont morts au combat. Y sont inscrits :

  • Léon Huttin, né le 28 janvier 1891, du 60e bataillon de chasseurs à pied, tué à Souchez (Pas-de-Calais) le 1er juillet 1915 ;
  • Marcel et Léon Desse, fils du gardien du sémaphore, tués sur le champ de bataille ;
  • Louis Lacourt, né le 2 mai 1897, déporté fin 1914 au camp de Holzminden, rapatrié, incorporé au 158e R.I., fait prisonnier, mort à son retour le 10 décembre 1918 à Mutzig (Alsace) ;
  • Abel Poindron, né le 15 avril 1881, déporté à Holzminden et mort dans le camp des suites de mauvais traitements ;
  • Camille Durand, né le 16 octobre 1879, arrêté à Barenton-Bugny, interné au camp d’Effry, mort en septembre 1917 – le père de l’auteur ;
  • Lucien Douche, né en 1869, maréchal-ferrant, arrêté par les Allemands, mort à l’hôpital de Laon le 27 mars 1918.

Le livre y ajoute Claudius Cognat, grand blessé de guerre gazé à l’ypérite, devenu garde champêtre de Merlieux, mort le 11 décembre 1920 sans famille connue : la commune entretient sa tombe. Il reproduit aussi le discours de remise de la médaille de Verdun à Pierre Dartois, président des anciens combattants, le 11 novembre 1976, et un texte sur les fusillés pour l’exemple de 1914-1918.

La Seconde Guerre mondiale

Après la mobilisation de 1938 puis celle d’août 1939, les premières bombes tombent sur Laon et Anizy en mai 1940. Dans la nuit du 12 mai, on annonce les Allemands à Montcornet : les habitants partent avec chevaux, vélos et autos vers la Mayenne, terre d’accueil des gens de l’Aisne, au milieu des réfugiés belges. Beaucoup sont rattrapés en chemin. Le retour est difficile : la région est déclarée « zone interdite » jusqu’en mai 1941 et il faut ruser pour franchir le canal gardé par les sentinelles ; les maisons sont retrouvées pillées. Aucun habitant n’a été tué, mais quatre sont prisonniers en Allemagne pour cinq ans. Le 27 août 1944, les chars américains de Patton prennent position à Merlieux, sans combat : « journée de liesse, inoubliable comme celle du 11 novembre 1918 ».


L’agriculture à Merlieux

« Merilocus, pays du bon vin » : jusqu’au milieu du XIXe siècle, la plupart des maisons sont des vendangeoirs. Le phylloxéra et l’industrialisation changent tout : les vignes des coteaux sont remplacées par des asperges et des arbres fruitiers, le cidre remplace en partie le vin, et les vendangeurs partent sur les chantiers. En 1904, les premières moissonneuses-lieuses apparaissent à Montarcène ; le grand-père de l’auteur racontait que les moissonneurs plantaient leurs petites enclumes à affûter dans les champs pour briser ces machines qui leur prenaient leur gagne-pain.

Avant 1914, l’année suit le rythme des récoltes : cerises, haricots et pommes de terre hâtives en juin-juillet, prunes, céréales et haricots à rames l’été, pommes, betteraves, noix et cidre à l’automne ; l’hiver, on abat une quarantaine de stères de bois, on prépare les échalas et les liens d’osier pour les bottes d’asperges. Sans eau courante ni électricité (arrivées en 1927), on s’éclaire avec un pot de confiture rempli d’eau et d’un doigt d’huile, et l’on se soigne aux cataplasmes de lin et de moutarde ou au tilleul arrosé d’eau-de-vie de cidre.

Après la Grande Guerre, les cultures demandant beaucoup de main-d’œuvre disparaissent, les huiles coloniales remplacent le colza et l’œillette, les arbres fruitiers ne sont pas replantés. Les tracteurs offerts à bas prix par le comité américain d’Anne Morgan ne s’imposent pas, faute de carburant bon marché ; les fermes passent à la polyculture et à l’élevage, et la laiterie de Chailvet apporte un revenu régulier. Après 1945 viennent les engrais, les désherbants, l’insémination artificielle (de 1 800 à 3 500 litres de lait par vache et par an) et, à partir de 1956, les tracteurs diesel. La loi Pisani (1962) pousse huit cultivateurs âgés à céder leurs terres. Des 14 cultivateurs de 1914, il en reste 4 en 1980. L’auteur s’inquiète déjà du tassement des sols, des pesticides et des nitrates dans l’eau des sources, et regrette un village où, faute d’enfants, l’école a fermé (39 élèves à la fin de la Seconde Guerre mondiale, 5 à la fermeture).


Discours, hommages et textes

Le livre rassemble enfin de nombreux textes de circonstance : l’éloge funèbre de Gaston Lacourt, maire de 1925 à 1944, mort en 1965, qui présida à la reconstruction du village et le dota d’un réseau d’eau potable quand 400 communes de l’Aisne sur 800 en étaient encore privées trente-cinq ans plus tard ; les obsèques de Louis Leroux (1963) ; les noces d’or des époux Poindron, mariés le 12 avril 1930 ; un mariage en 1979 ; un parrainage civil célébré à la mairie, « dans l’esprit des révolutionnaires de 1789 » ; le discours du sous-préfet lors d’une cérémonie du 28 mai ; la fête des mères ; les repas de fin d’année ; la présentation du canton d’Anizy, du sentier des Rouvres et des Chemins du Laonnois ; un texte sur la ferme pour enfants et les étangs du C.P.I.E. ; l’appel du syndicat d’initiative pour un monument au moulin de Comportet ; la Chanson de Craonne ; des poèmes et des textes politiques sur la vie, la jeunesse ou les « grands hommes ».

🔎 Pour aller plus loin

Les personnes citées. Elles sont réunies, avec leurs familles et les liens de parenté retrouvés, dans la page Les noms du village.

Quelques différences avec les bulletins. Le premier soldat français entré dans Laon en octobre 1918 est appelé « Paul Dumay » dans le livre, alors que le n°4 bis raconte l’histoire de Charles Léon Dumay, dont Paul était le frère aîné. Gaston Lacourt est maire « de 1925 à 1944 » selon le livre, de 1923 à 1945 dans la liste du n°1. La dédicace place l’arrivée des moines à Fouquerolles en 680, les faits historiques en 665, et l’entretien du maire parle d’une commune « née en l’an 700 ».

Des noms qui reviennent. Lucien Douche, le maréchal-ferrant dessiné dans le n°4 bis, et Abel Poindron, père d’Adonis, figurent au monument aux morts. Le père Michel, vannier et accordéoniste, est le même que « Stehen Michel » du n°4 bis. L’achat de l’ancien château de Valavergny par Antoine Carlier relie la famille de l’auteur aux seigneuries décrites dans le n°1.

Sources : R. Durand, « Merlieux – Notre Commune », 1980 ; « Notre Tribune » n°1 à n°4 bis.


Le livre original

Retrouvez le livre complet, numérisé (162 pages), ci-dessous.

Source : Roland Durand, « Merlieux – Notre Commune », Foyer populaire rural de Merlieux, 1980.


Vos souvenirs

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